L’affaire fait grand bruit. Le colonel Abdoulaye Camara, officier supérieur des Douanes guinéennes, a comparu libre, ce mercredi 14 janvier 2026, devant le tribunal correctionnel de Dixinn, poursuivi par son épouse, M’mahawa Soumah, infirmière de profession, pour violences conjugales, coups et blessures volontaires et abandon de famille. La plaignante réclame 500 millions de francs guinéens à titre de dommages et intérêts.
Cette audience, consacrée aux réquisitions du ministère public et aux plaidoiries des parties, a donné lieu à des échanges particulièrement tendus, révélant un conflit conjugal profond et des accusations lourdes.
Prenant la parole en premier, l’avocat de la partie civile a dressé un tableau accablant des faits reprochés au prévenu.
« Le prévenu est l’époux légal de la victime. Une dispute a dégénéré. Lui-même a reconnu, lors de son audition, qu’il avait porté la main sur son épouse. Il a même tenté de l’étrangler. Les coups venaient de tous les côtés », a-t-il soutenu devant le tribunal.
Selon la défense de la partie civile, M’mahawa Soumah souffrirait aujourd’hui de séquelles médicales, notamment au niveau de la tête, qu’elle prendrait en charge seule. L’avocat a également évoqué un cadenassage du domicile conjugal, laissant la plaignante, malade et sans assistance, dans une situation de grande précarité.
« Elle est mariée, elle est malade, et elle n’a plus accès à son foyer. La souffrance est toujours là », a-t-il plaidé, sollicitant l’octroi de 500 millions GNF en réparation du préjudice subi.
Le parquet tranche : violences établies, abandon non retenu
Dans ses réquisitions, le ministère public a estimé que l’infraction de coups et blessures volontaires est constituée à l’encontre du colonel Abdoulaye Camara.
« Les différends conjugaux ne sauraient justifier de tels actes. Un époux n’a aucun droit de vie ou de mort sur son épouse », a martelé le représentant du parquet.
En revanche, concernant le chef d’abandon de famille, le ministère public s’est montré réservé, demandant la relaxe du prévenu sur ce point, faute d’éléments probants. Il a toutefois requis la condamnation pour coups et blessures et l’adhésion à la demande civile.
L’avocat du colonel Camara a, pour sa part, contesté les accusations, estimant que la plainte serait intervenue dans un contexte de rupture conjugale et de non-conciliation.
« Depuis le 20 juin, les liens affectifs sont rompus. Il existe un doute légitime. Nous sollicitons l’application de l’article 544 pour l’infraction de coups et blessures volontaires », a-t-il soutenu.
Sur l’abandon de famille, la défense a rejoint la position du parquet, affirmant que le prévenu n’a jamais quitté le domicile conjugal, et que c’est plutôt la plaignante qui serait partie.
« Cette procédure vise essentiellement à nuire et à porter atteinte à l’image de mon client », a insisté l’avocat, demandant le rejet des accusations et le renvoi de la partie civile à mieux se pourvoir.
À la barre, le colonel Abdoulaye Camara a nié en bloc les faits qui lui sont reprochés.
« De 2023 à 2025, les plaintes se succèdent. Trop, c’est trop. Je n’ai jamais abandonné ma famille. Tout ce qui est dit ici est faux et archi-faux », a-t-il déclaré.
Au terme des débats, le tribunal correctionnel de Dixinn a mis l’affaire en délibéré, annonçant que le jugement sera rendu le 28 janvier 2026. Une décision très attendue dans un dossier où se mêlent accusations de violences conjugales, enjeux familiaux et image d’un haut gradé de l’administration publique.
Par M.DIALLO






