Le tribunal de première instance de Dixinn, siégeant exceptionnellement dans la salle du 28 septembre de la Cour d’appel, a rendu ce lundi 24 novembre 2025 un verdict lourd dans une affaire d’usurpation de fonction et d’escroquerie qui a ébranlé le milieu judiciaire guinéen.
Les prévenus Ahmed Sékou Camara, présent à l’audience, et Adama Keïta, toujours en fuite, ont été reconnus coupables d’avoir usurpé des fonctions judiciaires pour soutirer de l’argent à un citoyen, Moussa Camara.
Le premier, qui se faisait passer pour un avocat, écope de 5 ans d’emprisonnement, dont 2 ans avec sursis. Le second, qui se présentait faussement comme procureur, est condamné à 5 ans de prison ferme avec un mandat d’arrêt décerné contre lui.
Sur le plan civil, les deux faux juristes devront verser 135 millions GNF à la victime, Moussa Camara, ainsi que 200 millions GNF au Barreau de Guinée, constitué partie civile pour l’usurpation de fonction.
Lors de l’audience, Moussa Camara a simplement demandé au tribunal de « l’aider à récupérer son argent » escroqué par les deux prévenus.
De son côté, Ahmed Sékou Camara a affirmé être dans l’incapacité totale de rembourser les montants réclamés.
Le premier à plaider a été Me Pépé Kolié, représentant le Barreau de Guinée. Dans une intervention ferme, il a dénoncé l’atteinte grave portée à la crédibilité de la profession par le prévenu qui se présentait tantôt comme avocat, tantôt comme procureur, sous l’identité usurpée d’Algassimou Diallo.
« Le Barreau est la vitrine de la justice. Ce métier ne peut être exercé que par un homme digne, diplômé et ayant prêté serment. Ce monsieur a sali la corporation. Le préjudice est profond et doit être réparé », a martelé Me Kolié.
Il a requis 500 millions GNF de dommages et intérêts au nom du Barreau, estimant que d’autres victimes pourraient exister.
Le représentant du ministère public s’est inscrit dans la même ligne de fermeté. Après avoir rappelé la gravité des faits, il a demandé la condamnation d’Ahmed Sékou Camara à 5 ans d’emprisonnement ferme, soulignant que l’usurpation de fonction au cœur du système judiciaire porte une atteinte directe à la confiance des citoyens.
Face à la pression, le prévenu n’a eu pour seule défense que de solliciter la clémence du tribunal: « Ce que j’ai fait n’est pas normal. Je demande pardon au tribunal », a-t-il déclaré, tête baissée.
À l’issue des plaidoiries et réquisitions, le juge Thierno Oumar Barry a prononcé un jugement qualifié d’exemplaire par plusieurs observateurs :
- Ahmed Sékou Camara : 5 ans dont 2 avec sursis
- Adama Keïta : 5 ans ferme + mandat d’arrêt
- 135 millions GNF à verser à la victime
- 200 millions GNF pour préjudice au Barreau de Guinée
Une décision qui vient rappeler la détermination de la justice à combattre l’usurpation de fonction et les pratiques frauduleuses susceptibles de saper l’intégrité des institutions judiciaires.
Par nimba224.com






