Dans les écoles primaires de Conakry, une pratique révoltante s’est installée : les élèves sont contraints de financer les besoins personnels de leurs enseignants. Chaque matin, avant même que les cours ne débutent, des sommes d’argent leur sont exigées pour couvrir des dépenses allant des petits déjeuners aux célébrations privées, en passant par des mariages et des événements religieux.
À l’école primaire publique de la commune de Matam, par exemple, S.C, une élève en 4e année, a été obligée de verser 4 000 francs sous prétexte d’une cotisation pour l’achat de savon destiné à maintenir la propreté de la classe. Un paiement qu’elle n’avait pas prévu, alors que ses camarades l’avaient déjà réglé. Chaque semaine, cette cotisation obligatoire est prélevée auprès de tous les élèves, générant ainsi des montants considérables : 560 000 francs par semaine pour une seule classe.
Mais ce racket ne s’arrête pas là. Dans plusieurs établissements, certains enseignants, principalement des enseignantes, demandent à leurs élèves de financer leurs anniversaires. Sous pression, les enfants se retrouvent obligés d’acheter des gâteaux et des cadeaux pour leurs professeurs. A.C, une autre élève, rapporte : « Le 21 février dernier, notre maîtresse a reçu cinq gâteaux et plusieurs cadeaux pour son anniversaire, tout cela venant des élèves. On nous a demandé de contribuer ».
Le phénomène va encore plus loin dans certaines écoles où des enseignants s’emparent directement des goûters des élèves. Un élève témoigne : « Chaque matin, ma maîtresse prend mon sandwich. Elle dit que je suis bien nourri et partage mon déjeuner en deux ».
Au-delà de ces pratiques, d’autres contributions sont également exigées des élèves pour des frais tels que l’entretien des toilettes, le nettoyage des salles de classe ou même l’achat de fournitures scolaires comme des balais. Ceux qui refusent de participer risquent des sanctions, comme l’exclusion de la classe ou des conséquences sur leurs résultats scolaires.
Les élèves qui entretiennent de bonnes relations avec leurs enseignants sont souvent perçus comme les meilleurs de la classe, indépendamment de leurs performances académiques. R.S, un élève, témoigne : « Les cinq premiers de notre classe sont souvent en retard et ne savent pas écrire correctement, mais ils sont considérés comme les meilleurs. Ils entretiennent de bonnes relations avec madame, qui reçoit régulièrement des cadeaux de leurs parents ».
Cette culture du racket, présente depuis des années dans les écoles primaires de la capitale, est loin d’être un phénomène isolé. I.D, une enseignante à Kaloum, souligne : « Ce système existe depuis longtemps et est rarement abordé, mais il fait partie intégrante du quotidien dans les écoles primaires ».
Les contributions imposées aux élèves vont bien au-delà de ce qui devrait être normal : tables-bancs, tenues de sport, frais pour des événements comme les kermesses, et bien d’autres dépenses. Les parents, unanimes, dénoncent cette situation qui perdure d’année en année, sans que les autorités éducatives n’y apportent de solution.
Dans ce contexte, le silence des autorités éducatives, qu’il s’agisse des chefs d’établissements, des directeurs communaux ou du ministère de l’Éducation, soulève de vives interrogations. Pourquoi cette situation perdure-t-elle sans réponse ?
F. Keita






