Conakry – Le compte à rebours est lancé. Après plus de deux ans de détention et de multiples renvois, Mohamed Lamine Bangoura, ancien président de la Cour constitutionnelle, est officiellement appelé devant la chambre de jugement de la CRIEF. Un tournant majeur dans l’un des dossiers de corruption les plus sensibles de ces dernières années.
Selon le rôle d’audience présidé par le juge Yacouba Conté, une première évocation est programmée ce mercredi 11 février.
Incarcéré depuis le 15 décembre 2022 à la maison centrale de Conakry, Mohamed Lamine Bangoura est poursuivi pour détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, aux côtés d’Amadou Diallo, Sidiki Sylla et Raguiatou Barry, actuellement en fuite. Des mandats d’arrêt ont été lancés contre ces derniers le 7 novembre 2025.
Pour le parquet, le montant du préjudice est colossal : près de 20 milliards de francs guinéens, selon le substitut du procureur Malick Marcel Oularé.
Mais l’ouverture effective du procès reste suspendue aux conditions sécuritaires à la maison centrale, après les récents troubles survenus la veille. Si l’extraction des détenus ne peut être assurée, un renvoi pourrait être prononcé.
Ce dossier dépasse largement le cadre judiciaire. Mohamed Lamine Bangoura fut une figure centrale du dispositif institutionnel sous Alpha Condé, ayant validé le référendum constitutionnel de mars 2020 ainsi que la candidature controversée du président sortant à un troisième mandat.
Aujourd’hui, l’homme qui incarnait le sommet de l’ordre constitutionnel se retrouve sur le banc des accusés.
L’entrée du dossier en phase de jugement marque un moment clé de la lutte contre la corruption. Pour la première fois, les lourdes accusations pesant sur l’ancien haut magistrat devraient être examinées publiquement.
Un procès à haute tension, scruté de près par l’opinion.
Par M. DIALLO






