« J’ai versé 113 millions de francs guinéens pour 11 personnes… après vérification, nous avons compris que c’étaient de faux matricules. »
Cet aveu, lourd de désespoir, a figé l’audience du Tribunal de première instance (TPI) de N’zérékoré, ce jeudi 15 janvier 2026. À la barre, dame L.L., agent technique de santé, raconte comment l’espoir d’une carrière administrative s’est mué en un gouffre financier.
Ce jour-là, la justice s’est penchée sur une affaire d’escroquerie d’une ampleur alarmante, révélatrice des dérives autour des recrutements à la Fonction publique. En toile de fond : onze victimes, plus de cent millions de francs guinéens envolés et des matricules administratifs… totalement fictifs.
Le prévenu, identifié par les initiales P.T., est poursuivi pour avoir soutiré d’importantes sommes d’argent à dame L.L. et à plusieurs autres personnes, en leur promettant une intégration à la Fonction publique. Se présentant comme un agent relevant du ministère de la Justice, il aurait exploité la confiance de la plaignante, originaire comme lui du même village.
Selon les débats, la rencontre déterminante a eu lieu lors d’un séjour au village. Présenté comme un ami du mari de la plaignante, P.T. s’enquiert de sa situation professionnelle. Apprenant qu’elle n’avait pas été admise au concours de la Fonction publique, il lui demande de garder le contact.
Quelques semaines plus tard, le piège se referme.
« Un jour, vers 4 heures du matin, il m’a écrit pour me dire qu’il avait trouvé un canal pour intégrer la Fonction publique. Il parlait de dix places disponibles. La condition était claire : 15 millions de francs guinéens par personne », a relaté dame L.L. devant le tribunal.
Séduite par la promesse, la plaignante mobilise ses proches et connaissances. Un premier versement de cinq millions est exigé par candidat, le reste devant suivre « au fur et à mesure de l’évolution du dossier ». Les dossiers sont rassemblés, l’argent collecté et transmis au prévenu.
Pour rassurer ses victimes, P.T. va jusqu’à transmettre des numéros matricules censés prouver l’intégration administrative. Une mise en scène qui s’effondre rapidement.
« Après vérification, nous avons compris que les matricules étaient faux. Au total, j’ai versé 113 millions de francs guinéens pour 11 personnes », a détaillé la plaignante, visiblement éprouvée.
À la barre, P.T. reconnaît les faits, tout en contestant le montant avancé. Il affirme n’avoir perçu que 94 millions 500 mille francs guinéens. Il tente surtout de se dédouaner, affirmant avoir été lui-même victime d’un tiers.
Selon sa version, l’argent aurait été intégralement remis à un individu se présentant comme agent du ministère de la Santé.
« Après un accident et un déplacement à l’intérieur du pays, il m’a envoyé des matricules. J’ai remarqué des anomalies et je l’ai interpellé. Il m’a demandé de patienter », a-t-il expliqué, sans toutefois produire la moindre preuve tangible.
Dans une tentative d’apaisement, le prévenu a déclaré être disposé à vendre un domaine lui appartenant afin de rembourser les 94,5 millions de francs guinéens qu’il reconnaît avoir perçus.
À l’issue de cette première audience, le Tribunal de première instance de N’zérékoré a renvoyé l’affaire au 22 janvier 2026 pour les réquisitions du ministère public.
Au-delà du sort judiciaire de P.T., ce dossier met une nouvelle fois en lumière la vulnérabilité de nombreux citoyens face aux faux réseaux de recrutement et à la marchandisation illégale de l’accès à la Fonction publique. Une dérive coûteuse, dont les victimes paient le prix fort — financièrement et moralement.
Par nimba224.com






