
Lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi 7 mars 2025 à Conakry, le collectif des avocats de l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, représenté par l’ancien bâtonnier Me Dinah Sampil, a vivement contesté la condamnation de leur client par la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF). Selon eux, cette décision serait entachée d’irrégularités et ne tiendrait pas compte des éléments de preuve présentés, notamment en lien avec la gestion des fonds publics et l’état de santé préoccupant de leur client.
Une absence justifiée par des raisons médicales
Me Dinah Sampil a tenu à préciser que la condamnation repose sur l’absence présumée de leur client lors des audiences. Or, selon lui, cette absence est médicalement justifiée.
« L’arrêt précise que la procédure est fondée sur un constat de refus de notre client à se présenter à la cour. Or, ce constat n’est pas justifié au regard des huit rapports médicaux, dont celui du CHU de Donka, qui attestent de l’incapacité physique de notre client à comparaître », a-t-il déclaré.
L’avocat rappelle que la CRIEF elle-même avait autorisé, en décembre 2024, le transfert de l’ancien Premier ministre vers un centre spécialisé en raison de la gravité de son état de santé. Pourtant, cette décision reste à ce jour non exécutée, une situation que le collectif d’avocats qualifie d’« inacceptable ».
Des fonds toujours disponibles, selon la défense
Sur le volet financier, la défense réfute catégoriquement les accusations de détournement de 15 milliards de GNF de la régie d’avance de la MAMRI. Elle s’appuie sur plusieurs rapports d’audit pour contester la version avancée par la CRIEF.
« L’arrêt du 27 février 2025 repose sur l’affirmation que le prévenu a utilisé ces fonds à des fins autres que celles prévues. Pourtant, les états financiers de la MAMRI, ainsi que les rapports de l’Inspection Générale d’État (IGE), de l’Inspection Générale des Finances (IGF) et de la Cour des Comptes, démontrent que le solde de cette régie était encore en banque au moment du transfert de la tutelle à la Présidence de la République », a fait savoir Me Sampil.
Selon les avocats, au moment du passage de la MAMRI sous la tutelle de la Présidence, un montant de 13,1 milliards de GNF était toujours disponible au Trésor public. De plus, les 3 milliards de GNF transférés à l’Agence Nationale d’Inclusion Économique et Sociale (ANIES) pour la lutte contre la COVID-19 auraient été utilisés dans le cadre d’un appel d’offres, ce qui, selon eux, exclut tout soupçon d’enrichissement personnel de leur client.
Une situation sanitaire alarmante
Outre les accusations financières, les avocats d’Ibrahima Kassory Fofana alertent sur la dégradation inquiétante de son état de santé et dénoncent l’inaction des autorités judiciaires.
« Il est plus qu’urgent d’exécuter la décision judiciaire du 13 décembre 2024 ordonnant son transfert dans un centre spécialisé. La Cour elle-même a constaté la gravité de son état lors du transport judiciaire du 12 décembre. Aujourd’hui, il est impératif de respecter cette décision, faute de structures adaptées en Guinée », a insisté Me Dinah Sampil.
Le collectif d’avocats demande donc aux autorités judiciaires de respecter cette décision et d’autoriser l’évacuation sanitaire de leur client, dont l’état ne cesse de se détériorer.
Un verdict contesté
De son côté, la CRIEF justifie la condamnation de l’ancien Premier ministre en affirmant qu’il aurait refusé de comparaître, ce qui constituerait, selon elle, un aveu de culpabilité dans l’affaire du détournement présumé des 15 milliards de GNF. Une position que ses avocats rejettent catégoriquement, estimant que leur client est victime d’une procédure injuste et entachée d’irrégularités.
Affaire à suivre
Par Ousmane Bangoura 663 24 87 87






