mardi, mars 10, 2026
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La Maison Guinéenne de l’Entrepreneur (MGE): une guerre de succession paralyse l’ONG et les employés réclament justice

Autrefois modèle de référence, l’ONG Maison Guinéenne de l’Entrepreneur (MGE) est aujourd’hui au bord du précipice. La cause : une crise de succession à la tête de l’exécutif depuis le décès de son ancien directeur exécutif, Monsieur Kerfala Camara. L’entité est désormais minée par un conflit opposant la famille du défunt aux employés, soutenus par certains membres du conseil d’administration. Ce litige a même débouché sur une bataille judiciaire actuellement pendante devant la Cour suprême.

Ce mardi 3 juin, une cinquantaine d’employés, dont certains venus de l’intérieur du pays, ainsi que des membres du conseil d’administration, ont battu le pavé devant le siège de l’institution à Matam. Le bâtiment est fermé depuis plusieurs mois à la demande des ayants droit du défunt directeur exécutif, suite à une intervention d’un huissier de justice.

Des statuts falsifiés et une nomination contestée
Les manifestants dénoncent la falsification des statuts et règlements de l’ONG par la famille du défunt. Ils protestent également contre l’imposition d’un nouveau directeur exécutif sans décision collégiale du Conseil d’Administration (CA). En effet, sur les cinq membres du CA, seuls deux auraient rédigé un procès-verbal désignant le nouveau DGE, ce qui soulève de vives contestations internes.

Une employée, victime d’une agression physique lors de la fermeture du bureau et ayant nécessité une intervention chirurgicale, a livré son témoignage sur l’origine du conflit. Elle explique qu’il existe un contentieux entre l’actuel directeur et la famille de M. Kerfala Camara. « Deux membres du CA, représentant la famille, affirment avoir procédé à un recrutement. Or, le CA compte cinq membres actifs. Lors de la réunion du 3 juin 2024, seuls quatre étaient présents. L’objectif de la réunion était de confirmer M. N’Faly Camara à son poste. Selon le vice-président, M. Mori Yaya, M. N’Faly a travaillé plus d’un an sans problème ; il était donc temps de le confirmer », relate-t-elle.

Elle poursuit en affirmant que les objectifs de la réunion ont rapidement changé. « M. Mori Camara, autre membre du CA, a exigé un recrutement formel pour garantir le poste. Les deux autres ont refusé, arguant qu’ils étaient là pour confirmer le directeur. Les discussions ont alors dévié. Ils ont produit un procès-verbal que les deux autres membres n’ont pas vu. Le 7 juin, lorsque la famille a présenté ce PV au tribunal de première instance pour valider la nomination de M. N’Faly Camara, il était falsifié. Le document portait la mention ‘Conseil d’Administration’, alors qu’il n’émanait que de deux personnes. La liste de présence mentionnait sept personnes, dont seulement quatre membres du CA. Les trois autres étaient de simples participants, sans voix délibérative ».

L’ONG, un bien de l’État et non un héritage familial
L’employée dénonce également une modification des statuts de l’ONG visant à faire croire que le décès d’un « père fondateur » confère des droits successoraux aux héritiers. « Ce n’est pas vrai. C’est un article qu’ils ont modifié sans l’accord du CA. L’ONG est de portée nationale. M. Kerfala Camara n’en était pas propriétaire. Les archives le prouvent : nous avons retrouvé la documentation administrative, ce ne sont pas des documents que nous avons fabriqués », affirme-t-elle.

Elle rappelle l’article 9 des statuts de l’ONG, qui stipule clairement qu’en cas de dissolution, tous les biens de la MGE, après liquidation, reviennent de droit à l’État, qui décidera de leur affectation à des programmes ou structures similaires. « L’ONG n’a donc pas d’héritiers. L’État est le seul ‘héritier’. Pourtant, la famille a produit un acte de succession dans lequel l’ONG est considérée comme un bien de feu M. Kerfala Camara. Les véhicules et motos du projet sont inscrits comme appartenant au Ministère de l’Agriculture. Nous avons les procès-verbaux confirmant qu’à la fin des projets, ces équipements doivent revenir à l’État guinéen. Comment une famille peut-elle donc prétendre hériter d’une ONG ? », s’interroge-t-elle.

Les salaires et frais de fonctionnement bloqués
Enfin, les travailleurs réclament le déblocage de 279 000 000 GNF actuellement gelés à la banque. « Ce montant correspond au remboursement de nos dépenses pour janvier, février et mars. Nous travaillons sur le projet Saritem (Système rizicole sur le territoire de mangrove). Ce sont les salaires du personnel, les primes, les frais de fonctionnement, de carburant, etc. Cette somme est essentielle pour poursuivre nos activités sur le terrain. Le blocage a été imposé par la famille, représentée par Mori Yaya, via la Vistagui. Mais nous ne pouvons pas en vouloir à la banque, qui a simplement suivi les procédures », précise-t-elle.

Ces travailleurs, dont certains d’un âge avancé, ne demandent qu’une chose : être rétablis dans leurs droits et que la MGE puisse reprendre ses activités au service de la communauté.

Par Alhassane Yansané

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