jeudi, février 12, 2026
AccueilACTUALITÉSGuinée : Le peuple asphyxié par la pénurie de billets pendant que...

Guinée : Le peuple asphyxié par la pénurie de billets pendant que la Banque centrale minimise la crise (O.Bangoura)

Alors que la grogne monte dans tout le pays et que les Guinéens peinent chaque jour à retirer leur propre argent dans les banques, le gouverneur de la Banque centrale, Dr Karamo Kaba, tente de rassurer l’opinion en affirmant qu’il ne s’agit pas d’une « crise de liquidité », mais plutôt d’une simple « crise de billets ». Une nuance sémantique qui peine à convaincre des citoyens étranglés par une réalité bien plus alarmante.

Dans les agences bancaires à Conakry comme à l’intérieur du pays, la scène est la même : des clients frustrés repartant souvent bredouilles, et des plafonds de retraits devenus ridiculement bas. Commerçants, fonctionnaires, retraités ou étudiants, tous dénoncent une rareté persistante de l’argent liquide qui perturbe gravement leur quotidien.

Malgré cela, le patron de la BCRG relativise : « Il n’y a pas de crise de liquidité en Guinée », martèle-t-il, tout en reconnaissant une crise de « billets » — comme si le manque de billets n’était pas, dans les faits, l’expression la plus concrète d’un problème de liquidité.

Face à la pénurie qui dure depuis des semaines, la Banque centrale annonce enfin des commandes de nouvelles coupures : 500 milliards GNF attendus en août, 1 500 milliards en septembre, et encore 600 à 700 milliards en octobre. Mais pour beaucoup, cette annonce ressemble davantage à un aveu de retard qu’à une solution immédiate.

« On nous parle de milliards à venir, mais aujourd’hui, nous n’arrivons même pas à retirer 300 000 GNF dans certaines banques », s’insurge un fonctionnaire rencontré à Kaloum.

L’argument selon lequel ceux qui opèrent dans “l’univers dématérialisé” ne souffrent pas de la crise occulte une réalité brutale : la majorité des Guinéens ne sont pas bancarisés ou n’ont pas accès aux paiements électroniques. Le tissu économique repose encore massivement sur la circulation du cash, en particulier dans les marchés, les PME, et les zones rurales.

La communication de la Banque centrale, bien que destinée à rassurer, risque de creuser davantage le fossé entre les autorités monétaires et une population qui se sent abandonnée. Car pour l’immense majorité des citoyens, la crise est bien réelle : elle n’est ni linguistique ni technique, mais sociale, économique et humaine.

Pendant que le gouverneur joue sur les mots, le peuple joue sa survie.

 

Par O. Bangoura

RELATED ARTICLES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -
CIAO

Most Popular

Recent Comments