Créé en 2007 et légalisé en 2010, le Fonds National pour l’Insertion des Jeunes (FONIJ) avait pour mission de promouvoir l’entrepreneuriat, financer des projets productifs et soutenir la création d’emplois. Mais dix-huit ans plus tard, le constat est amer : rares sont les bénéficiaires qui ont réellement utilisé ces ressources pour entreprendre.
Selon plusieurs témoignages, nombre de jeunes préfèrent détourner les prêts pour financer leur départ clandestin vers l’Europe, festoyer dans les night-clubs ou encore investir dans des projets fictifs. Certains finissent tragiquement dans le désert ou engloutis par la Méditerranée, emportant avec eux l’argent du FONIJ.
Officiellement placé sous la tutelle du ministère de la Jeunesse et des Sports, le FONIJ devait financer des initiatives génératrices de revenus, appuyer les collectivités et accompagner les jeunes dans la mise en œuvre de leurs projets. Mais sur le terrain, l’ambition initiale est minée par plusieurs facteurs :
- le manque de suivi des prêts,
- la complicité présumée de certains responsables,
- le refus délibéré de remboursement par certains bénéficiaires,
- l’attrait des jeunes pour l’immigration clandestine,
- et le rejet massif des secteurs agricole et informel, pourtant les principaux pourvoyeurs d’emplois.
Les enquêtes menées révèlent des dérives inquiétantes. Un bénéficiaire, censé installer une usine de transformation de piment en poudre, a fui au Canada avec les fonds. Un autre, policier de métier, aurait bénéficié de la complicité d’un directeur général pour encaisser 75 millions de GNF destinés à une ferme avicole jamais réalisée. Certains jeunes ont utilisé les prêts pour migrer vers la Libye avant de périr en mer.
Ces détournements répétés fragilisent la crédibilité du programme et aggravent la vulnérabilité des jeunes, pourtant censés être les premiers bénéficiaires.
Au-delà des fraudes, la désaffection des jeunes pour le FONIJ révèle un problème structurel. Beaucoup rêvent d’un emploi public inaccessible, ignorent les opportunités du secteur informel et se montrent réticents face aux métiers agricoles. Ce décalage entre aspirations et réalités du marché du travail accentue les frustrations et alimente l’exode.
Experts et anciens responsables du FONIJ appellent à une refonte profonde du dispositif. Les jeunes doivent être préparés, dès l’école, à l’entrepreneuriat et à la formation professionnelle, plutôt que de s’accrocher à l’illusion du salariat public. Par ailleurs, un mécanisme rigoureux de suivi et de remboursement doit être rétabli, sous peine de voir les fonds d’insertion devenir une « caisse noire » pour projets fictifs et voyages clandestins.
Si rien n’est fait, préviennent plusieurs observateurs, le désenchantement des nouvelles générations pourrait déboucher sur de graves tensions sociales.
Par nimba224.com






