Le Fonds de garantie des prêts aux entreprises (FGPE), instrument stratégique de soutien aux PME guinéennes, traverse une zone de fortes turbulences. Un rapport d’investigation journalistique, fondé sur des sources internes et externes concordantes, pointe de graves dysfonctionnements dans la gestion de l’institution depuis l’arrivée de son Directeur général. Mauvaise gouvernance, climat social délétère, perte de crédibilité auprès des partenaires et soupçons de favoritisme : le bilan dressé est alarmant.
Selon les conclusions du rapport, la trésorerie du FGPE se serait fortement dégradée en moins d’un an de gestion.
En cause : des charges qualifiées d’incontrôlées, notamment des voyages non professionnels imputés au budget du Fonds et des achats de fournitures de bureau surfacturés.
Conséquence directe, indiquent plusieurs sources : le FGPE éprouve aujourd’hui des difficultés à honorer ses engagements salariaux. Des quelques employés interrogés affirment avoir perçu leurs salaires avec retard, parfois après de longues semaines d’attente. Une situation d’autant plus préoccupante que, parallèlement, certains mécanismes clés du Fonds restent à l’arrêt.
La Garantie individuelle, pourtant annoncée comme un levier majeur de financement des PME, n’a toujours pas été lancée, tandis que la Garantie partielle affiche des performances jugées largement en deçà des attentes.
Le rapport met également en lumière de possibles irrégularités dans la gestion des ressources humaines. Le recrutement de la Directrice financière est particulièrement mis en cause. Selon les termes de référence consultés par nos sources, la candidate retenue n’aurait pas figuré parmi les deux premiers du classement final.
Des sources affirment que l’actuel Directeur général aurait expressément exigé le recrutement de cette ancienne collaboratrice, en violation des procédures établies. Une situation qui alimente un sentiment d’injustice et de frustration au sein du personnel.
Les relations au sommet de la direction du FGPE se seraient progressivement détériorées. Le rapport évoque un conflit ouvert entre le Directeur général et son adjoint, Karim Sangaré. Des échanges virulents et une mise à l’écart progressive de ce dernier auraient conduit à son exclusion des travaux du Conseil d’administration, avant son retrait officiel du Fonds par décret.
Un mode de gouvernance qualifié de « solitaire et autoritaire » par plusieurs cadres, rappelant, selon eux, des pratiques déjà observées lors du passage de l’actuel Directeur général du FGPE à l’AGUIPEX, où il avait été suspendu par sa hiérarchie.
Autre point de préoccupation majeure : la détérioration des relations avec les partenaires techniques et financiers. Banques, institutions de microfinance et bailleurs de fonds exprimeraient, selon des sources concordantes, une méfiance croissante vis-à-vis de la gouvernance actuelle du FGPE.
Cette perte de confiance menace directement la capacité du Fonds à jouer son rôle d’accompagnement des PME et fait planer le risque de suppression d’emplois et de perte d’opportunités de financement pour l’économie nationale.
Sur le plan réglementaire, le rapport souligne un fait lourd de conséquences : plus d’un an après sa nomination, l’actuel DG du FGPE ne disposerait toujours pas de l’agrément requis de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), pourtant indispensable pour diriger un établissement financier.
Des sources affirment que cet agrément ne pourrait pas être obtenu, une situation qui fragilise davantage la légitimité de la direction actuelle.
La gestion du personnel est également décrite comme incohérente. Des cas précis sont cités :
– un employé absent depuis plus de trois mois, privé de salaire ;
– un autre, ayant quitté le FGPE pour une société minière, continuant à percevoir son salaire ;
– un Directeur des ressources humaines ayant officiellement démissionné mais toujours rémunéré, malgré une absence prolongée.
Des pratiques qui interrogent sur l’équité et la transparence au sein de l’institution.
Face à cette situation, quelques acteurs appellent le Conseil d’administration, le ministère de tutelle et les plus hautes autorités à prendre leurs responsabilités. Ils plaident pour la désignation, à la tête du FGPE, d’un cadre interne expérimenté, issu du sérail bancaire ou de la microfinance, afin de restaurer la confiance et sauver cet outil stratégique.
« Le FGPE mérite mieux », concluent-ils, rappelant que la Guinée, sous la conduite du président Mamadi Doumbouya, n’a pas besoin d’une gouvernance fragilisant ses instruments financiers clés.
Affaire à suivre.
Par nimba224.com






