mercredi, février 11, 2026
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Fusion MEPU-A–METFPE : pari risqué ou tournant décisif pour l’école guinéenne ?

CONAKRY – Miné par des crises à répétition, le ministère de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation (MEPU-A) a été absorbé par celui de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle (METFPE). Une fusion stratégique qui rebat les cartes du système éducatif guinéen et divise profondément les acteurs du secteur.
Pour Michel Pépé Balamou, secrétaire général du Syndicat national de l’Éducation (SNE), cette réforme n’est ni improvisée ni fortuite. « Le syndicat l’a portée », rappelle-t-il, soulignant que la proposition avait déjà été formulée lors de la Journée mondiale de l’Éducation, le 24 janvier dernier. L’ambition affichée : bâtir un continuum éducatif cohérent, du primaire au collège, arrimé aux besoins réels du marché de l’emploi.

Au cœur de cette refonte, une rupture assumée : faire de l’enseignement technique une filière d’excellence, et non plus un refuge pour élèves recalés. Le projet vise la création de lycées technologiques capables de délivrer des baccalauréats spécialisés, ouvrant directement la voie à des formations supérieures professionnalisantes (Bac+2 et Bac+3). Un changement de paradigme qui pourrait mettre fin à la stigmatisation persistante de la formation professionnelle.

Autre enjeu majeur : sortir le MEPU-A de sa dérive vers un simple « ministère des examens ». Pour le SNE, la fusion doit permettre de recentrer l’école sur l’essentiel : l’apprentissage réel et l’acquisition de compétences, plutôt que la course aux admissions suivies de redoublements coûteux pour l’État.
Mais l’enthousiasme se heurte à la mémoire des échecs passés. La diversification avortée des filières au lycée, plombée par des programmes figés, un déficit de formation des enseignants et un manque criant d’équipements, reste un précédent inquiétant. « Après quinze ans d’échecs, sommes-nous prêts à gérer la complexité des lycées technologiques ? », s’interroge le leader syndical.

Face aux critiques dénonçant une « usine à gaz », le SNE contre-attaque chiffres à l’appui. Le secteur éducatif représente 47 % de la fonction publique, dont seulement 2 % pour l’Enseignement technique. Leur intégration apparaît donc, selon le syndicat, non seulement faisable, mais nécessaire.

À une condition toutefois : un pilotage politique fort. Le SNE réclame la création d’un Secrétariat d’État dédié à l’Enseignement technique, ainsi que la nomination de cadres compétents et l’octroi de moyens financiers conséquents aux structures déconcentrées.
Dernier signal jugé encourageant : la clarification des périmètres ministériels. L’emploi bascule vers la protection sociale, l’innovation vers la Communication.

Une spécialisation qui laisse au nouveau pôle éducatif un cap clair : former une jeunesse qualifiée, capable de transformer la promesse éducative en levier de développement.

 

 

 

Par Hawa CAMARA

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