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Fête de Tabaski sous tension à Conakry : les banques privées asphyxiées, les citoyens désespérés

Conakry, 5 juin 2025 – À quelques jours de la fête de Tabaski, alors que l’effervescence gagne les marchés et les familles s’organisent pour répondre aux besoins festifs, une autre réalité plus sombre s’impose dans les agences bancaires privées de la capitale guinéenne : une crise aiguë de liquidités. Les files d’attente s’allongent, les frustrations montent, et le désespoir s’installe chez des milliers de clients qui, malgré la disponibilité apparente de fonds sur leurs comptes, ne peuvent pas accéder à leur propre argent.

« Nous n’avons pas assez de billets » : une réponse récurrente et exaspérante

Dans plusieurs banques commerciales à Kaloum, Matoto, Dixinn et Ratoma, le scénario est presque identique : des clients qui demandent à retirer des montants allant de 5 à 20 millions de francs guinéens se voient proposer des retraits partiels, parfois limités à moins de 5 millions GNF. Les caissiers, souvent gênés, ne cachent plus la réalité : les coffres sont vides de billets, ou du moins, incapables de satisfaire la forte demande.

« Je suis venu retirer 20 millions pour acheter un mouton et préparer la fête avec ma famille, mais on me dit de repasser demain pour prendre seulement 7 millions. C’est inacceptable ! », se lamente un père de famille croisé devant une agence de la place.

Selon plusieurs analystes du secteur financier, cette rareté des billets dans les banques est symptomatique d’un problème structurel dans la chaîne de distribution monétaire en Guinée. À l’approche des grandes fêtes, les flux de retraits explosent, mais les banques commerciales semblent mal préparées à absorber cette pression saisonnière.

« Il y a un problème de planification des liquidités, doublé d’une gestion rigide des stocks de billets à la Banque centrale. En période de forte demande, les banques doivent anticiper et reconstituer leurs stocks de cash. Malheureusement, ce mécanisme ne fonctionne pas efficacement en Guinée », explique un économiste sous anonymat.

Cette situation pèse lourdement sur les salariés du secteur privé, dont les salaires ont certes été virés sur leurs comptes, mais restent inaccessibles sous forme de cash. Or, en cette période de Tabaski, les besoins sont clairs : achat de moutons, vivres, vêtements, et dépenses domestiques, autant d’éléments qui nécessitent de l’argent liquide, le mobile money n’étant pas toujours accepté dans les zones rurales ou les marchés traditionnels.

« Mon patron m’a payé, mais à quoi bon si je ne peux même pas retirer 10 millions pour mes obligations familiales ? Je suis venu trois jours de suite, rien n’a changé », témoigne une employée du secteur de la téléphonie.

Selon certains responsables bancaires, la Banque centrale serait partiellement responsable. Ils pointent du doigt des limitations dans l’approvisionnement en billets neufs ou en coupures adaptées à la demande.

D’autres estiment que les banques elles-mêmes auraient pu mieux anticiper, en renforçant leur trésorerie et en diversifiant les moyens de paiement, y compris par une meilleure digitalisation des paiements dans le commerce de détail.

Mais au-delà des responsabilités techniques, c’est la confiance dans le système bancaire qui vacille. Pour de nombreux citoyens, cette incapacité à retirer son propre argent en temps voulu soulève une inquiétude profonde : et si cette situation révélait une fragilité plus vaste du système financier guinéen ?

Pendant que les files s’allongent devant les guichets, des milliers de familles risquent de vivre une fête sans viande, sans habits neufs, sans célébration digne. Une Tabaski étouffée par les limites du système bancaire, où l’argent électronique existe bien… mais l’argent liquide manque cruellement.

En conclusion :

  • Les retraits sont limités, parfois à moins de 10 millions GNF par client ;
  • Les banques privées invoquent un manque de liquidités en billets physiques ;
  • La Banque centrale est pointée du doigt pour un approvisionnement insuffisant ;
  • La confiance des citoyens dans les institutions financières est mise à rude épreuve.

Par Ousmane Bangoura

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