Conakry – C’est un scandale sanitaire d’une ampleur inqualifiable. Sept unités industrielles de production d’eau minérale, installées à Dixinn, viennent d’être fermées par les autorités sanitaires, après avoir inondé le marché national pendant des années avec de l’eau impropre à la consommation. Derrière cette mesure salutaire, une réalité glaçante : des milliers de Guinéens ont bu, chaque jour, un poison en bouteille.
Les usines concernées – Eau Dounia, Africa Water, Eau Conakry, Eau Liberté, Eau Kenien, Eau Atlantic et Eau de Roche – opéraient au vu et au su de tous. Leur présence sur le marché n’était pas anecdotique. Elles étaient partout : dans les commerces de quartier, les restaurants, les hôpitaux, les écoles… Une omniprésence bâtie sur la confiance du consommateur, aujourd’hui trahie avec une rare brutalité.
Les analyses menées par les services compétents ont révélé ce que beaucoup redoutaient depuis des années : une qualité sanitaire désastreuse. Présence de germes, absence de contrôles microbiologiques fiables, chaînes de production défaillantes, stockage insalubre… Tout convergeait vers un seul mot : empoisonnement.
Il ne s’agit plus simplement d’un manquement à la réglementation, mais bien d’un crime économique et sanitaire, dont les victimes sont les plus vulnérables : enfants, personnes âgées, malades et consommateurs sans information.
Certes, la décision de fermer ces unités est un acte de salubrité publique. Mais elle arrive bien trop tard. Pendant des années, ces entreprises ont profité d’un vide institutionnel, de complicités administratives ou d’une corruption passive pour continuer à vendre leurs produits mortels sans être inquiétés.
Pourquoi a-t-il fallu attendre 2025 pour prendre cette décision ? Qui sont les agents des services de contrôle qui ont fermé les yeux ? Et surtout : qui assumera la responsabilité des conséquences sanitaires sur des milliers de consommateurs ?
Il est temps que l’Association des droits des consommateurs sorte de sa torpeur et porte plainte contre ces industries criminelles. Trop c’est trop ! Ces entreprises doivent répondre de leurs actes devant les juridictions compétentes, et indemniser les victimes de leur négligence.
On ne peut pas parler de développement, de santé publique ou d’industrialisation si la vie humaine est sacrifiée au nom du profit.
La fermeture de 7 usines à Dixinn n’est que l’arbre qui cache la forêt : l’opération en cours concerne 1 724 unités industrielles sur plus de 3 000 à travers le pays. Il est donc à craindre que l’eau impropre à la consommation n’ait été que la partie visible d’un iceberg bien plus vaste, touchant d’autres secteurs : agroalimentaire, pharmaceutique, cosmétique…
Le gouvernement de transition a une opportunité historique de remettre de l’ordre. Mais cette mission doit s’accompagner d’une judiciarisation systématique des cas avérés de mise en danger de la vie d’autrui, et d’un renforcement drastique des inspections et contrôles qualité.
Le peuple de Guinée ne doit plus jamais être le cobaye silencieux de l’irresponsabilité industrielle. Boire de l’eau ne devrait pas être un acte de survie, mais un droit fondamental à une vie saine.
Il est temps de transformer l’indignation en sanctions exemplaires, et de faire de cette tragédie un tournant dans la régulation des produits de grande consommation.
À quand les premières plaintes ? À quand les condamnations ? Le silence des autorités judiciaires et des défenseurs des droits des consommateurs serait, cette fois, complice.
Par nimba224.com











