CRIEF – En annulant la non-inculpation d’Ahmed Kanté, ancien patron de la SOGUIPAMI, la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) envoie un signal fort : face aux soupçons de détournement de projet minier, la justice guinéenne doit faire prévaloir le droit et garantir un traitement équitable des parties, sans considération de statut ni d’influence.
Une décision qui relance un contentieux à forts enjeux
Le 2 septembre 2025, la Chambre spéciale de contrôle de l’instruction de la CRIEF a ordonné l’inculpation d’Ahmed Kanté pour abus de confiance, infirmant une précédente ordonnance de non-inculpation rendue en avril dernier.
Cette décision relance un contentieux complexe portant sur le projet intégré de bauxite, alumine et aluminium (AGB2A), conçu à l’origine par Claude Lorcy dans le cadre d’un partenariat avec Ahmed Kanté au sein de Guinea International Corporation (GIC) SARL.
Les juges ont estimé qu’il existait des indices graves et concordants selon lesquels M. Kanté aurait détourné à son profit le projet commun, en procédant à des modifications statutaires et à des transferts de parts sociales sans l’accord de son partenaire initial, aujourd’hui décédé.
Des allégations de manœuvres, au cœur d’une bataille judiciaire
Depuis 2023, plusieurs enquêtes et articles de presse spécialisés ont fait état de litiges persistants autour du contrôle de GIC et d’AGB2A.
Ces publications décrivent notamment :
- des modifications de gouvernance et de répartition des parts sociales ayant abouti à la prise de contrôle de GIC par M. Kanté ;
- l’utilisation de structures interposées et de contrats contestés qui, selon les plaignants, auraient profité essentiellement à M. Kanté ;
- le fait que celui-ci gèrerait et exploiterait actuellement les plateaux miniers de GIC, percevant plusieurs millions de dollars de revenus, alors que les ayants droit de feu Claude Lorcy n’en bénéficieraient pas.
Ces affirmations sont contestées par le camp de M. Kanté, qui soutient que ses actes relevaient d’une gestion légitime et nécessaire du projet.
Une veuve et trois enfants dans l’attente d’une justice impartiale
Feu Claude Lorcy est décédé en laissant une veuve et trois enfants à charge.
Sa veuve, Madame Fatoumata Binta Dramé, agit en qualité de partie civile dans cette procédure. Elle affirme ne disposer ni de l’influence ni des moyens financiers de corrompre qui que ce soit et indique placer tous ses espoirs dans la promptitude et le sérieux des acteurs de la justice guinéenne pour faire reconnaître les droits de sa famille.
Elle souligne que le seul levier dont elle dispose est le recours à la justice et dit espérer que celle-ci tranchera en toute impartialité et conformément au droit.
L’enjeu : garantir la sécurité juridique et la confiance dans les institutions
Au-delà du cas personnel d’Ahmed Kanté, cette affaire met en lumière un enjeu crucial pour l’État de droit en Guinée : celui d’une justice indépendante, impartiale et insensible aux pressions extérieures, capable de protéger la sécurité juridique des projets économiques et de sanctionner les abus, quelle que soit la notoriété des personnes en cause.
L’arrêt du 2 septembre 2025 rappelle qu’aucune position sociale ni proximité politique ne doit placer quiconque au-dessus de la loi.
Il souligne également le rôle central de la CRIEF dans la préservation d’un climat d’affaires crédible et transparent, indispensable à la confiance des investisseurs nationaux et étrangers.
À retenir :
- La CRIEF a inculpé Ahmed Kanté pour abus de confiance, annulant sa précédente non-inculpation.
- Il est soupçonné d’avoir détourné le projet minier GIC/AGB2A, conçu avec feu Claude Lorcy, au détriment de ses ayants droit.
- La partie civile, une veuve et ses trois enfants, affirme n’avoir ni les moyens ni l’intention de corrompre qui que ce soit et s’en remet entièrement à Dieu le tout puissant et l’impartialité de la justice.
- Cette décision rappelle que la crédibilité de l’environnement des affaires guinéen repose sur une justice indépendante, impartiale et réactive.
Par F.KEITA






