CONAKRY – La migration irrégulière au cœur du dialogue diplomatique entre Conakry et Madrid. À l’occasion de la célébration de la fête nationale du royaume d’Espagne, organisée ce vendredi 9 octobre 2026 à Conakry, le ministre guinéen des Affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, a livré une position ferme sur les conséquences des départs irréguliers de jeunes Guinéens vers l’étranger.
Pour le chef de la diplomatie guinéenne, le phénomène ne constitue pas seulement un défi pour les pays d’accueil. Il représente également un manque à gagner humain et économique pour la Guinée, privée d’une partie de sa jeunesse et de son potentiel de développement.
« La migration illégale constitue une perte pour les migrants et pour leurs pays d’origine, dont la Guinée », a déclaré Morissanda Kouyaté, qualifiant cette situation de « perte nette » pour les pays de départ.
Prenant la parole lors de cette cérémonie, l’ambassadeur d’Espagne en Guinée, Ángel Carrascal Gutiérrez, a défendu une approche migratoire fondée sur la légalité, la sécurité et le respect de la dignité humaine.
Fort de l’histoire migratoire de son propre pays, le diplomate a souligné la nécessité de privilégier des parcours migratoires encadrés, sans renoncer à une approche ouverte et humaniste.
« L’Espagne est un pays empathique doté d’une longue histoire d’émigration. C’est pourquoi nous défendons fermement une politique migratoire légale, sûre et ordonnée mais aussi ouverte et humaine », a-t-il affirmé.
L’ambassadeur a également insisté sur l’importance de la coopération avec les pays d’origine et de transit, dont la Guinée, pour agir sur les causes qui poussent certains jeunes à entreprendre des voyages dangereux dans l’espoir de trouver de meilleures perspectives à l’étranger.
« Nous coopérons avec les pays de transit et d’origine comme la Guinée pour contribuer à améliorer les conditions de vie de leurs populations, afin d’éviter que les jeunes n’envisagent de risquer leur vie en mer pour tenter de trouver ailleurs un avenir meilleur », a-t-il expliqué.
Pour Madrid, la réponse à la migration irrégulière ne saurait donc se limiter au contrôle des frontières. Elle doit également passer par l’amélioration des conditions de vie, les perspectives offertes à la jeunesse et le rapprochement entre les peuples.
En réaction aux propos du diplomate espagnol, Morissanda Kouyaté a salué cette approche, tout en rappelant les contraintes auxquelles l’Espagne est confrontée en tant que membre de l’Union européenne.
« Nous comprenons qu’il n’est pas aisé de s’affirmer de manière isolée lorsque l’on appartient à une communauté : vous faites partie de l’Union européenne, avec ses règles qu’il convient de respecter », a-t-il déclaré.
Le ministre guinéen a néanmoins estimé que l’appartenance à l’Union européenne n’empêchait pas l’Espagne de défendre une vision propre de la question migratoire, notamment lorsqu’elle rejoint les préoccupations des pays d’origine.
C’est surtout sur les conséquences des départs irréguliers que le chef de la diplomatie guinéenne a insisté. Selon lui, si les pays d’accueil peuvent faire face à des défis liés à l’arrivée de nouveaux migrants, les pays de départ subissent également les conséquences de la perte d’une partie de leurs forces vives.
« C’est certes un défi pour les pays d’accueil, mais il arrive souvent que les nouveaux arrivants apportent également des valeurs enrichissantes au pays d’accueil. Pour autant, le pays de départ reste toujours un pays perdant. C’est pourquoi la question migratoire est traitée chez nous comme une perte nette », a martelé Morissanda Kouyaté.
Une déclaration qui remet au centre du débat la question du potentiel humain de la Guinée et des conséquences des départs de jeunes en quête d’opportunités à l’étranger.
Au-delà du constat, le ministre des Affaires étrangères a appelé les partenaires de la Guinée à renforcer leur coopération pour lutter contre les réseaux qui exploitent la vulnérabilité des candidats à la migration.
Pour Morissanda Kouyaté, la priorité doit être accordée à la protection de la personne humaine et à la lutte contre le trafic d’êtres humains, qui expose de nombreux migrants à des risques majeurs.
« C’est la raison pour laquelle nous avons tendu la main à tous nos partenaires afin que nous travaillions ensemble sur ce sujet, car à la base, il s’agit de lutter contre le trafic des êtres humains. Or, l’être humain demeure au centre de tout, même si l’intelligence artificielle commence à nous remplacer », a-t-il lancé.
À travers ces prises de position, Conakry et Madrid affichent une convergence sur la nécessité d’une réponse concertée à la migration irrégulière, même si leurs approches s’inscrivent dans des réalités nationales et régionales différentes.
L’enjeu reste désormais de traduire cette volonté de coopération en actions concrètes, capables de protéger les migrants, de combattre les réseaux criminels et d’offrir aux jeunes Guinéens des perspectives suffisamment solides pour envisager leur avenir dans leur propre pays.
Par nimba224.com






