CONAKRY – La Guinée n’est ni une colonie médiatique, ni une province éditoriale de la France. Depuis son indépendance, le pays dispose de ses propres institutions, de ses lois et de ses mécanismes de régulation. En 2026, une réalité institutionnelle mérite d’être rappelée : la République de Guinée est un État indépendant, souverain et démocratique, doté d’un Président élu au suffrage universel.
La controverse entre la Haute Autorité de la Communication (HAC) et France 24 dépasse désormais la simple querelle autour d’un qualificatif employé à l’antenne. Elle pose une question plus fondamentale : jusqu’où un média international peut-il aller dans la caractérisation d’un chef d’État étranger sans tenir compte de la réalité institutionnelle et juridique du pays qu’il couvre ?
Le 16 septembre 2026, la HAC a mis France 24 en demeure à la suite d’une séquence diffusée la veille, reprochant à la chaîne l’emploi d’un qualificatif jugé inapproprié à l’égard du président Mamadi Doumbouya. Le régulateur guinéen demande notamment des rectifications éditoriales et rappelle les exigences d’exactitude, d’impartialité et d’équilibre prévues par le cadre juridique national.
Il faut le rappeler sans détour : France 24 est un média international. La Guinée est un État souverain.
La chaîne française dispose naturellement de sa liberté éditoriale et de son droit à l’analyse. Mais cette liberté ne transforme pas un média étranger en arbitre de la légitimité des institutions d’un État souverain.
La Constitution guinéenne en vigueur proclame explicitement que la Guinée est une République « unitaire, indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Elle garantit également la liberté d’expression et la liberté de la presse, tout en soumettant leur exercice au respect de la loi, de l’ordre public, de la dignité et des droits d’autrui.
C’est précisément dans cet espace juridique que doit être replacée l’intervention de la HAC. Un autre élément ne peut être ignoré dans le traitement de l’actualité politique guinéenne.
Mamadi Doumbouya est arrivé au pouvoir le 5 septembre 2021 après la prise du pouvoir par les forces armées guinéennes. Mais cette séquence appartient désormais à l’histoire politique récente du pays.
Le 28 décembre 2025, une élection présidentielle s’est tenue en Guinée. Le 4 janvier 2026, la Cour suprême a proclamé les résultats définitifs et déclaré Mamadi Doumbouya élu Président de la République avec 86,72 % des suffrages exprimés. Il a ensuite été investi le 17 janvier 2026 pour un mandat de sept ans.
L’Union africaine a, de son côté, salué le déroulement pacifique du scrutin et félicité Mamadi Doumbouya pour son élection à l’issue de la proclamation des résultats définitifs.
Dès lors, lorsqu’un média international traite de la situation politique guinéenne, il ne peut pas faire abstraction de cette réalité institutionnelle.
On peut critiquer un Président élu. On peut analyser son bilan. On peut contester ses décisions. On peut interroger ses politiques. Mais le débat démocratique exige de distinguer les faits établis, les analyses journalistiques et les jugements éditoriaux.
La question ne devrait donc pas être de savoir si la HAC « protège » Mamadi Doumbouya.
La véritable question est de savoir si le régulateur guinéen est fondé à rappeler à un média opérant dans l’espace informationnel guinéen les règles auxquelles les professionnels de la communication sont soumis.
La législation guinéenne confère précisément à la HAC des missions de régulation, notamment en matière d’éthique et de déontologie journalistique, de pluralisme, d’accès équitable à l’information et de respect des règles encadrant les médias.
Cela ne signifie évidemment pas que toute décision de la HAC doit être considérée comme incontestable. Une autorité de régulation, comme toute institution publique, doit pouvoir être questionnée, critiquée et soumise au débat public.
Mais la critique d’une décision de la HAC ne saurait justifier la négation de l’existence même du cadre juridique guinéen.
Depuis le « NON » historique du 28 septembre 1958 et la proclamation de son indépendance le 2 octobre de la même année, la Guinée s’est construite autour d’un principe fondamental : la souveraineté nationale.
Cette souveraineté ne signifie pas fermeture au monde.
Elle ne signifie pas non plus interdiction de critiquer les dirigeants.
Elle signifie simplement qu’en République de Guinée, comme dans tout État souverain, les institutions nationales ont compétence pour faire respecter les lois nationales sur leur territoire.
La liberté de la presse est essentielle. Le droit à l’information l’est tout autant. Mais la responsabilité journalistique l’est également. Et c’est précisément là que se situe le débat avec France 24.
France 24 a parfaitement le droit de porter un regard critique sur la Guinée et sur son Président. Mais la Guinée a également le droit de demander que son actualité soit traitée avec exactitude, rigueur et contextualisation.
Cela signifie rappeler une évidence : un média, aussi puissant soit-il, reste un média ; un État souverain reste un État souverain.
La Guinée peut écouter les critiques venues de l’extérieur sans renoncer à ses institutions. Elle peut accepter le débat contradictoire sans abandonner sa souveraineté. Elle peut défendre la liberté de la presse tout en exigeant le respect des règles professionnelles.
C’est précisément cet équilibre qui doit prévaloir.
La Guinée n’a pas besoin de fermer ses oreilles au monde. Elle doit simplement rappeler que, sur son territoire, le débat démocratique se mène dans le respect de ses lois, de ses institutions et de la volonté exprimée par ses citoyens dans les urnes.
Et sur ce terrain-là, aucune chaîne étrangère, aussi prestigieuse soit-elle, ne peut prétendre avoir le dernier mot.
Par Ousmane BANGOURA






