CONAKRY- Le drame n’a pas encore fini de hanter les esprits que les bulldozers sont déjà à l’œuvre. Quelques jours après l’effondrement meurtrier survenu à Dar-es-Salam, les autorités passent à l’offensive autour de la décharge. Ce mercredi, plusieurs habitations implantées dans les zones considérées comme à haut risque ont été démolies au nom de la protection des populations. Une opération qui marque un tournant : désormais, vivre aux abords de la décharge est considéré comme un danger auquel les autorités veulent mettre fin.
Sur le terrain, l’atmosphère est lourde. Aux côtés des autorités administratives, des responsables religieux et des services de l’État, le maire de Gbessia assume cette décision et invoque une priorité absolue : prévenir une nouvelle catastrophe.
« Je pense que cette démolition est nécessaire, c’est pour préserver des vies humaines. Vous avez tous constaté ce qui est arrivé, c’est déplorable », a-t-il déclaré.
Le drame de Dar-es-Salam semble avoir accéléré la volonté des autorités de reprendre le contrôle des espaces situés autour de la décharge. Les maisons considérées comme exposées sont désormais ciblées par les opérations de démolition. Derrière cette décision, un constat alarmant : la proximité avec l’immense décharge fait peser des risques majeurs sur les populations riveraines.
Mais pour les familles contraintes de quitter leurs domiciles, l’urgence sécuritaire ouvre une nouvelle épreuve : où aller et dans quelles conditions ?
Sur ce point, le maire de Gbessia assure que le gouvernement ne compte pas abandonner les personnes concernées.« Ils auront des accompagnements, toute la population qui doit quitter sera déjà accompagnée par le gouvernement et ils seront tous recasés par la grâce de Dieu », a-t-il assuré.
Une promesse désormais très attendue par les familles touchées, pour lesquelles la sécurisation du site ne peut être dissociée de la question du logement.
Comme si la situation ne suffisait pas, le cimetière situé à proximité de la décharge soulève lui aussi de sérieuses inquiétudes. Face à l’ampleur des déchets qui entourent progressivement le site funéraire, le maire de Gbessia tire la sonnette d’alarme.
« En voyant les ordures, presque ce cimetière fait partie aujourd’hui des dépotoirs », a-t-il constaté.
Une situation qui pourrait conduire les autorités à envisager la délocalisation du cimetière.
Pour l’heure, aucune décision définitive n’a toutefois été annoncée. Le maire précise que cette question doit encore être examinée et discutée avec les autorités compétentes.
Autre attente forte : celle des familles des victimes du drame.
Interrogé sur le lieu prévu pour leur inhumation, le maire de Gbessia n’a pas souhaité s’avancer. Il indique que les corps se trouvent toujours à la morgue et que le lieu des funérailles devrait être déterminé prochainement.
Une incertitude qui prolonge l’attente et la douleur des familles endeuillées.
Au-delà des bulldozers, des démolitions et des déclarations officielles, une question demeure : que deviendront les familles déplacées ?
Les autorités affirment vouloir les accompagner et les recaser. Mais l’enjeu sera désormais de transformer cette promesse en actes concrets.
Car à Dar-es-Salam, le drame aura au moins révélé une réalité longtemps visible : la cohabitation entre les populations et la décharge est devenue une bombe à retardement.
Aujourd’hui, les bulldozers tentent d’éloigner les habitants du danger. Demain, il faudra surtout empêcher que d’autres familles ne soient contraintes de vivre à nouveau au pied d’un risque dont les conséquences peuvent être mortelles.
Par H.CAMARA






