CONAKRY – Le drame que tout le monde redoutait a de nouveau frappé. À Dar-es-Salam, une montagne de déchets s’est effondrée ce dimanche, ensevelissant plusieurs personnes sous des tonnes de détritus. Plusieurs corps auraient déjà été retrouvés. Sous les décombres, les recherches se poursuivent dans l’espoir de sauver des survivants. Et derrière cette nouvelle catastrophe, une question brutale s’impose : combien de morts faudra-t-il encore avant que Dar-es-Salam cesse d’être un piège à ciel ouvert ?
En quelques instants, une importante masse de déchets s’est détachée avant de s’abattre sur la zone où se trouvaient plusieurs personnes. Des citoyens ont été happés, ensevelis sous des tonnes de détritus.
Le bilan reste provisoire. Les autorités n’ont pas encore communiqué de chiffre définitif. Mais plusieurs corps auraient déjà été extraits des décombres.
Sur le site, les équipes de secours fouillent les amas de déchets, parfois à mains nues ou avec des moyens lourds, à la recherche d’un signe de vie.
Autour d’elles, l’angoisse grandit.; Des familles attendent.; Des noms sont appelés; Des téléphones restent désespérément silencieux.
Derrière les chiffres qui seront annoncés dans les prochaines heures, il y a des destins. Il y a notamment celui de Mohamed Camara, domicilié à Dabondy-École. Depuis l’éboulement, il est sans nouvelles de ses deux fils, Souleymane et Mohamed, âgés respectivement de 16 et 13 ans.
Les deux garçons, élèves, se trouvaient dans la belle-famille de leur père, située à proximité de la décharge.
Depuis, leur père attend; Il espère; Il prie; Et surtout, il veut les retrouver. « Quel que soit leur état », aurait-il confié, dans une phrase qui glace le sang.
À Dar-es-Salam, l’attente est devenue une torture. Pour chaque famille, chaque minute sans nouvelle ressemble à une éternité. Le plus inquiétant n’est peut-être pas seulement l’ampleur du nouvel éboulement. C’est qu’il survient sur un site déjà marqué par des catastrophes. Un précédent éboulement majeur avait frappé Dar-es-Salam en 2017.
La question n’est donc plus de savoir si le site présente un risque. Elle est de savoir pourquoi ce risque n’a pas été suffisamment maîtrisé.
– Pourquoi des populations continuent-elles de fréquenter une zone aussi dangereuse ?
– Pourquoi les mesures de sécurisation n’ont-elles pas permis d’empêcher un nouveau drame ?
– Pourquoi les leçons des précédents accidents n’ont-elles pas suffi ?
Autant de questions auxquelles les autorités devront répondre. À Dar-es-Salam, les déchets ne sont plus seulement une nuisance environnementale.
La décharge attire quotidiennement des personnes à la recherche de matériaux récupérables et de moyens de subsistance.
Pour certains, cette montagne d’ordures est devenue un lieu de travail mais derrière cette activité se cache un danger permanent : instabilité des amas, effondrements, manque de sécurisation et exposition à des risques considérables. La catastrophe de ce dimanche vient brutalement rappeler cette réalité.
Quand la pauvreté pousse des citoyens à chercher leur survie dans une montagne de déchets, la question de l’assainissement devient aussi une question de dignité et de protection des vies humaines.
Présent sur le terrain, le ministre de l’Assainissement, Aboubacar Camara, a été interpellé par notre reporter sur le bilan de la catastrophe. Alors que plusieurs victimes étaient déjà signalées, le ministre a appelé à la prudence et rappelé les règles de communication en période de crise.
« Ayons de l’empathie pour les gens. Pour le moment, notre objectif est de sauver les vies de nos compatriotes. Et mieux, la communication obéit à un certain nombre de principes déontologiques », a-t-il répondu.
Sur le principe, difficile de contester la nécessité d’éviter tout bilan précipité.
Mais dans une catastrophe, informer n’est pas forcément communiquer un bilan définitif. Informer, c’est aussi dire ce que l’on sait; dire ce que l’on ignore.
Expliquer ce que font les secours; Donner des informations aux familles. Et surtout, éviter que les rumeurs ne prennent la place de la parole officielle. À Dar-es-Salam, les familles ne réclament pas nécessairement un chiffre, elles réclament des nouvelles.
Pour l’instant, l’urgence absolue reste le sauvetage. Les équipes poursuivent leurs recherches dans des conditions extrêmement difficiles.
Mais lorsque les opérations prendront fin, une autre question surgira inévitablement :
– Qui savait que le danger existait ?
Et surtout : Qu’a-t-on fait pour empêcher cette catastrophe ?
Il faudra alors examiner les conditions de gestion du site, les mesures de sécurité, les dispositifs d’alerte, les zones d’accès, le suivi des risques et les responsabilités administratives.
Pas pour désigner précipitamment des coupables mais pour empêcher qu’un nouveau Dar-es-Salam ne se reproduise ailleurs. Le vrai bilan ne sera pas seulement celui des morts mais le nombre de victimes sera évidemment déterminant.
Mais le véritable bilan de cette catastrophe devra également mesurer les défaillances qui ont rendu possible un tel drame. Une catastrophe qui se répète sur un site déjà connu pour sa dangerosité en est une autre.
À Dar-es-Salam, l’éboulement de ce dimanche ne doit donc pas être traité comme un simple fait divers.
Il pose une question de gouvernance.
– Une question de sécurité ; Une question sociale ; Une question d’assainissement ; Et, surtout, une question de responsabilité publique.
Dar-es-Salam : combien de drames faudra-t-il encore ?
Pour l’heure, les recherches continuent sous les tonnes de déchets, les secours cherchent encore des survivants. Dans les alentours, les familles attendent et l’émotion gagne les quartiers.
Mais une fois les sirènes éteintes, une fois les corps identifiés et les survivants pris en charge, le pays ne devra pas simplement tourner la page. Il faudra rréponde :
– Répondre aux familles; Répondre aux victimes; Répondre à l’opinion.
Et surtout répondre à cette question qui devient aujourd’hui impossible à esquiver :
Après les précédents drames, pourquoi Dar-es-Salam a-t-il encore pu devenir un piège mortel ?
À Dar-es-Salam, les déchets ont enseveli des vies. Désormais, c’est la vérité sur les responsabilités qu’il faudra mettre au jour.
Par M. DIALLO








