Au 13ᵉ Forum Urbain Mondial (WUF13) de Bakou, la République de Guinée a porté une vision ambitieuse et résolument stratégique de l’aménagement du territoire africain. Devant un parterre de décideurs internationaux, le pays a défendu une approche intégrée des corridors d’infrastructures, conçus non plus comme de simples axes de transport, mais comme de véritables moteurs de transformation économique, urbaine et sociale.
Organisé conjointement par l’Union africaine, l’Union européenne et ONU-Habitat, ce panel de haut niveau a réuni ministres, gouverneurs, maires, institutions financières et experts internationaux autour d’un enjeu majeur : faire des grands corridors africains des leviers de prospérité inclusive, d’urbanisation maîtrisée et de développement territorial durable.
Dès l’ouverture des travaux, les organisateurs ont dressé un constat préoccupant : l’Afrique connaît simultanément une urbanisation fulgurante et une multiplication des investissements dans les infrastructures de connectivité, sans véritable articulation entre ces deux dynamiques. Une situation qui alimente l’expansion des quartiers informels, accentue les pressions foncières, aggrave les déficits de logement et réduit l’impact économique réel des investissements structurants.
Prenant la parole parmi les premiers intervenants ministériels, le ministre guinéen de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire, Mohamed Lamine Sy Savane, a présenté la vision guinéenne comme une réponse concrète à ces défis continentaux.
Pour la Guinée, les corridors ne doivent pas être réduits à de simples voies d’exportation des ressources minières ou de transit logistique. Ils doivent avant tout servir à structurer les territoires, stimuler l’émergence de nouveaux pôles économiques et accompagner une urbanisation mieux planifiée.
« Un corridor qui traverse un territoire sans structurer les villes qu’il rencontre crée des déséquilibres ; un corridor qui structure les territoires crée des opportunités de développement », a déclaré le ministre, dans une intervention saluée pour sa clarté et sa portée stratégique.
Le ministre a particulièrement insisté sur l’opportunité historique qu’offre la dynamique engagée autour de la Vision Simandou 2040, portée par les plus hautes autorités du pays, pour repenser profondément l’organisation territoriale nationale.
Face à la forte pression démographique qui pèse sur Conakry, la Guinée entend s’appuyer sur les nouveaux corridors structurants pour favoriser l’émergence de villes intermédiaires modernes, de nouvelles centralités économiques et d’un développement territorial plus équilibré.
Mohamed Lamine Sy Savane a également mis en avant la nécessité d’une coordination interministérielle forte associant les secteurs de l’économie, des transports, de l’agriculture, du logement, de l’environnement, du numérique et de l’aménagement du territoire afin de garantir la cohérence des politiques publiques.
« L’Afrique ne doit pas simplement transporter ses ressources ; elle doit organiser les territoires qui les valorisent », a-t-il martelé devant les participants.
Au fil des échanges, plusieurs pays africains, notamment la Zambie, le Kenya et la République démocratique du Congo, ont partagé leurs expériences, renforçant l’idée d’un consensus continental autour de la nécessité de relier infrastructures, urbanisation et développement économique dans une approche globale et durable.
L’Union européenne, à travers son initiative Global Gateway, a rappelé que les infrastructures seules ne suffisent pas à produire une véritable transformation économique sans systèmes urbains productifs et planifiés. De son côté, ONU-Habitat a plaidé pour des corridors « conçus pour les populations et non uniquement pour le transit », tandis que l’Union africaine a insisté sur l’urgence de stratégies territoriales intégrées.
À l’issue du panel, une conviction commune s’est imposée : les corridors africains de demain devront être des corridors de développement humain, économique et territorial.
À Bakou, la Guinée a ainsi confirmé son ambition de s’inscrire parmi les pays africains qui veulent bâtir un nouveau modèle de développement urbain fondé sur la planification territoriale, la résilience, l’inclusion et la transformation structurelle des économies locales.
Par nimba224.com










