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Conakry noyée sous les ordures : les premières pluies exposent l’échec criant de l’assainissement urbain

CONAKRY – Les premières pluies tombées ce samedi sur Conakry ont brutalement mis à nu les profondes failles du système d’assainissement de la capitale guinéenne. De Kissosso à Matoto, en passant par Sangoyah et l’axe menant à Simbaya Gare, les habitants ont assisté à un spectacle alarmant : routes transformées en dépotoirs à ciel ouvert, caniveaux débordés, circulation paralysée et populations livrées à une insalubrité inquiétante.

Sous la pression des eaux de ruissellement, des tonnes de déchets ont été arrachées des fossés et déversées sur les chaussées, recouvrant plusieurs axes stratégiques de la capitale. Très tôt dans la matinée, un gigantesque embouteillage s’est formé entre Sangoyah et le rond-point de Matoto, provoquant colère et exaspération chez les automobilistes, motocyclistes et riverains.

Au marché de Matoto, la tension est rapidement montée d’un cran. Une vive altercation a opposé des commerçants à des agents de la police communale, dans un climat de frustration générale.

« On nous réclame de l’argent, mais personne ne nettoie notre espace de travail. Nous sommes envahis par les ordures et les mauvaises odeurs », dénonce une commerçante sous couvert d’anonymat.

Face à l’urgence, des tractopelles et des camions-bennes ont été déployés au niveau du rond-point de Matoto pour tenter de dégager les amas de déchets accumulés après la pluie. Une intervention salutaire, mais qui illustre surtout l’ampleur d’un problème chronique devenu presque banal à chaque hivernage.

Cette nouvelle crise survient pourtant quelques jours seulement après le lancement en grande pompe d’une vaste opération d’assainissement par les autorités. Mais sur le terrain, de nombreux citoyens dénoncent déjà une campagne davantage tournée vers la communication et les réseaux sociaux que vers des solutions structurelles et durables.

Depuis plusieurs jours, des agents issus de différents Établissements Publics Administratifs (EPA), normalement affectés à leurs services respectifs, sont mobilisés chaque nuit aux environs de 21 heures pour curer les caniveaux et évacuer les ordures.

Pour plusieurs observateurs, cette approche révèle l’absence d’une véritable stratégie nationale d’assainissement. Beaucoup estiment qu’au lieu de mobiliser ponctuellement des fonctionnaires pour des opérations médiatisées, l’État devrait mettre en place une politique durable de création d’emplois dans le secteur de la salubrité publique.

Dans plusieurs quartiers, la même question revient avec insistance : pourquoi ne pas recruter massivement des jeunes sans emploi au sein de l’Agence Nationale du Service d’Assainissement afin d’assurer un nettoyage permanent des voiries et des caniveaux ?

Pour les habitants, la capitale a besoin :

● D’agents d’assainissement professionnels et permanents ;

● D’un système moderne de gestion des déchets ;

● D’un curage régulier des caniveaux ;

● D’un meilleur encadrement des PME de collecte ;

● Et d’une véritable politique de sensibilisation citoyenne.

Au lieu de cela, regrettent certains citoyens, les opérations actuelles donnent parfois l’impression d’être conçues principalement pour attirer les projecteurs et générer des images spectaculaires sur les réseaux sociaux.

Le constat est particulièrement frappant sur la nouvelle route reliant Rails-Rails et Koloma Soloprimo à la T3 de Cosa, le long des rails de Friguia. Présentée lors de son inauguration comme un symbole de modernité et de désenclavement, cette infrastructure est aujourd’hui submergée par les ordures.

Les déchets recouvrent désormais trottoirs et chaussée, alors même que des ouvrages d’assainissement avaient été réalisés sur cet axe.

Selon les riverains, le problème est aggravé par :

● l’absence d’aménagement des fossés de drainage ;

● le faible abonnement des ménages aux services de ramassage ;

● le déversement anarchique des déchets dans les caniveaux ;

● et certaines pratiques insalubres particulièrement préoccupantes.

Certains habitants affirment même que des eaux usées et des matières fécales sont régulièrement déversées dans les fossés pendant les pluies.

« Dès qu’il pleut, tous les déchets descendent ici. Le problème est permanent. L’État doit intervenir sérieusement », alertent des riverains.

Au-delà des embouteillages et des odeurs nauséabondes, ces premières pluies ont surtout agi comme un révélateur brutal d’une urgence environnementale que les habitants dénoncent depuis des années.

À chaque saison des pluies, les mêmes scènes se répètent : routes inondées, caniveaux bouchés, déchets flottants, quartiers envahis par les immondices et circulation paralysée.

Pendant que les opérations ponctuelles d’assainissement se multiplient sous les caméras, les populations, elles, continuent de vivre quotidiennement au milieu des déchets dans une capitale où les infrastructures de drainage et la gestion des ordures montrent de graves limites.

Pour de nombreux citoyens, il devient désormais impératif de dépasser les opérations symboliques et de mettre en place une véritable politique publique d’assainissement capable de transformer durablement le cadre de vie des habitants de Conakry.

 

 

Par M. DIALLO

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