Porté par la dernière réorganisation gouvernementale, le ministère de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, dirigé par Aboubacar Camara, affiche de grandes ambitions dans les secteurs de l’eau, de l’assainissement et de l’énergie. Réformes institutionnelles, investissements qualifiés d’historiques, nouveaux mécanismes de financement : le discours est maîtrisé, la vision affichée. Mais sur le terrain, une interrogation majeure persiste : la gestion des ordures ménagères peut-elle réussir tant que l’État demeure au cœur de l’opérationnel, malgré des décennies d’échecs répétés ?
L’insalubrité chronique de Conakry n’est ni nouvelle ni accidentelle. Elle est le résultat d’un enchaînement de politiques publiques mal exécutées, de contrats peu transparents, de PME d’assainissement faiblement professionnalisées et de subventions insuffisamment contrôlées. Aucun dispositif étatique, sous aucune administration, n’a jusqu’ici permis d’assainir durablement la capitale.
Aujourd’hui encore, malgré les audits annoncés, l’adoption de nouveaux codes, l’installation de GPS sur les camions et la signature de contrats de performance, les déchets continuent d’envahir les quartiers, les caniveaux demeurent obstrués et les dépotoirs sauvages se multiplient. Une réalité qui pose frontalement la question du professionnalisme et de l’efficacité de la gestion publique du secteur.
Le ministère met en avant la réorganisation des PME, la mise en service de stations de traitement et l’intégration des frais d’assainissement dans les factures d’eau, d’électricité et la Contribution Foncière Unique à partir de 2026. Sur le plan conceptuel, l’architecture est cohérente. Mais dans les faits, le modèle reste largement administré par l’État, un schéma pourtant discrédité par l’expérience guinéenne.
L’histoire récente est sans équivoque : l’État n’a jamais démontré une capacité durable à gérer efficacement les ordures ménagères. Centralisation excessive, lourdeurs bureaucratiques, contrôle défaillant et vulnérabilité à la mauvaise gouvernance ont systématiquement plombé les initiatives publiques.
Face à l’ampleur du défi sanitaire et environnemental, la privatisation du secteur de la gestion des déchets apparaît désormais comme une nécessité, et non comme un choix idéologique. Dans de nombreux pays comparables, la délégation du service à des opérateurs privés compétents, soumis à des contrats de performance rigoureux et à des mécanismes de sanction clairs, a permis des résultats concrets et durables.
Confier la collecte, le traitement et la valorisation des déchets à de véritables professionnels, disposant de capacités techniques, humaines et financières solides, permettrait de sortir définitivement de l’amateurisme et de l’inefficacité qui caractérisent encore le système actuel.
Autre point de vigilance majeur : la subvention annoncée pour soutenir le nouveau mécanisme de financement de l’assainissement. Dans un pays marqué par de multiples scandales de mauvaise gestion des fonds publics, la question essentielle n’est pas seulement le montant, mais surtout le niveau et le mode de gouvernance de ces ressources.
Pour éviter la répétition des erreurs du passé, cette subvention devrait être logée directement à la Présidence de la République, sous un dispositif de contrôle renforcé, indépendant du ministère opérationnel. Une telle configuration garantirait la traçabilité des fonds, une reddition régulière des comptes et une capacité réelle de sanction en cas de défaillance.
Délocalisation de la décharge de la Minière, investissements massifs dans l’eau potable, réforme de la gestion des marchés, promotion du gaz butane : le ministère déroule une vision globale du développement urbain et environnemental. Mais la crédibilité de cette stratégie repose sur un indicateur simple et implacable : la propreté durable de Conakry.
À ce stade, les résultats visibles restent modestes au regard de l’ampleur des annonces. L’augmentation des tonnages collectés ne suffit pas à rassurer des populations confrontées, au quotidien, à une insalubrité persistante.
En Guinée, la gestion des ordures est devenue un test majeur de gouvernance publique. Elle révèle la capacité de l’État à planifier, déléguer, contrôler et sanctionner. Sortir l’État de l’opérationnel, confier la gestion à des acteurs privés compétents, sécuriser les financements au plus haut niveau de l’État et instaurer une tolérance zéro face à l’échec ne relèvent plus du débat, mais de l’urgence.
Faute de choix courageux, la Guinée risque de continuer à recycler les mêmes erreurs… pendant que ses villes continuent de s’enliser sous les déchets.
Par M. DIALLO
















