Ce mardi 22 novembre 2025 marque le 55ᵉ anniversaire d’un événement qui a profondément marqué l’histoire de la Guinée : l’agression portugaise de 1970, connue sous le nom d’« Opération Mar Verde ». Cette attaque menée par des mercenaires armés, soutenus par le Portugal et d’autres puissances étrangères, fit des centaines de morts et plongea Conakry dans une situation de guerre brève mais intense. Mais elle révéla aussi un fait historique essentiel : la détermination exceptionnelle du peuple guinéen à défendre sa patrie, même au péril de sa vie.
Si l’armée guinéenne a résisté avec courage, ce sont surtout les populations civiles qui ont écrit l’une des plus belles pages de patriotisme de l’histoire du pays. Face aux commandos lourdement équipés, femmes, hommes, jeunes et vieux se sont levés spontanément, armés de simples machettes, couteaux, bâtons ou outils domestiques, pour défendre leur territoire.
Dans les quartiers de Conakry, des dizaines de civils ont bloqué des rues, encerclé des patrouilles ennemies et renforcé les positions des forces loyalistes. Cette résistance populaire, inattendue et farouche, a désarticulé une partie du plan portugais, révélant une Guinée plus unie que jamais autour d’un même idéal : la liberté.
Des récits historiques rapportent que des femmes se sont interposées entre les mercenaires et les habitations, que des jeunes se sont postés sur les axes stratégiques et que des hommes ont fait face aux tirs, décidés à empêcher toute tentation de recolonisation.
Ce sursaut collectif, animé par la conviction profonde que l’indépendance n’était pas négociable, demeure un symbole puissant dans la mémoire nationale.
Dans la nuit du 22 novembre 1970, les troupes portugaises débarquent sur plusieurs points stratégiques de Conakry. Leur objectif : renverser Sékou Touré, détruire les infrastructures du PAIGC, libérer des prisonniers portugais et capturer Amílcar Cabral.
Malgré quelques avancées initiales, l’opération échoue. La résistance militaire, conjuguée à la mobilisation spontanée des populations, empêche les mercenaires d’atteindre leurs cibles majeures. Amílcar Cabral, en déplacement en Europe, échappe à l’arrestation. Le coup de force se transforme en repli précipité.
L’attaque fait environ 500 morts côté guinéen et trois du côté portugais. Rapidement, le Conseil de sécurité de l’ONU condamne l’opération, saluant la souveraineté du territoire guinéen.
Cet épisode traumatisant conduit Sékou Touré à radicaliser davantage son régime. La loi martiale est instaurée, les arrestations se multiplient et le Camp Boiro devient le symbole de la répression politique. Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, une grande partie des victimes de la Révolution guinéenne furent enregistrées dans les années suivant l’opération.
Aujourd’hui encore, cette date divise. Pour certains, le 22 novembre symbolise la victoire héroïque d’un peuple uni contre le néocolonialisme. Pour d’autres, elle marque le début d’une purge sans précédent.
Jusqu’en 1984, la date fut célébrée officiellement. Depuis, elle est largement ignorée, malgré l’intérêt croissant des historiens et des chercheurs pour cet épisode charnière.
Cinquante-cinq ans après, l’« Opération Mar Verde » reste l’une des pages les plus marquantes de l’histoire nationale :
- une agression extérieure brutale,
- une réponse héroïque et spontanée du peuple,
- un moment fondateur de l’unité nationale,
- et une cicatrice politique qui continue de nourrir le débat public.
Mais au-delà des divisions, un fait demeure incontestable : ce 22 novembre 1970, la Guinée a montré au monde que sa liberté ne se monnaie pas et que son peuple, même armé de simples outils, est prêt à se dresser contre toute tentative d’asservissement.
Par Ousmane Bangoura






