À la veille du 2 octobre, l’ancien président Alpha Condé a publié sur sa page Facebook un message empreint de nostalgie et de contrition. Tout en dressant un bilan élogieux de ses réalisations économiques, énergétiques, sanitaires, infrastructurelles, agricoles et diplomatiques, l’ex-chef d’État a reconnu, pour la première fois de manière explicite, les victimes des manifestations politiques survenues durant son règne.
« Tous ces efforts ont été faits dans un contexte politique émaillé de plusieurs manifestations qui ont malheureusement enregistré des victimes dans nos familles. Je voudrais, encore une nouvelle fois, adresser mes condoléances à leurs familles, prier pour le repos de leurs âmes et demander pardon au nom de l’État guinéen », a écrit Alpha Condé.
Une déclaration qui, si elle marque un tournant symbolique, ne convainc pas entièrement les victimes et leurs proches.
Du côté de l’Association des Parents et Amis des Victimes du Régime Alpha Condé (AVIPRAC), ce message est accueilli avec un mélange de satisfaction et de prudence. Pour son président, Mamadou Kissi Barry, cette reconnaissance tardive doit désormais se traduire par des actions judiciaires.
« Nous sommes contents de cette sortie d’Alpha Condé. Demander pardon et reconnaître qu’il y a eu des erreurs, c’est déjà une avancée. Car, à l’époque, lui et ses ministres niaient les tueries, affirmant que les manifestants s’entretuaient », a-t-il déclaré.
Mais pour l’AVIPRAC, le temps du pardon ne saurait remplacer celui de la justice.
« Ce que nous demandons maintenant, c’est la justice. Les autorités parlent de réconciliation nationale. Nous n’y sommes pas opposés, mais il faut d’abord que les responsabilités soient situées face aux nombreuses tueries, tortures et actes de vandalisme. Nous voulons que la justice répare ces injustices », insiste Mamadou Kissi Barry.
Le mea-culpa d’Alpha Condé intervient dans un contexte où la question de la réconciliation nationale refait surface en Guinée. Si son message est perçu comme un signe d’apaisement, de nombreux observateurs estiment qu’il doit s’accompagner d’un processus de vérité et de réparation.
Pour les familles des victimes, le pardon sans justice serait une trahison de la mémoire des disparus. L’enjeu, désormais, est de savoir si les autorités actuelles oseront rouvrir les dossiers restés sans suite et permettre enfin à la justice de faire son œuvre.
Par F. Keita






