Conakry – Figure controversée du régime déchu d’Alpha Condé, Moalim Touré, connu pour ses démonstrations de force politique en Basse-Côte et son verbe tranchant, refait surface. L’homme, considéré comme l’un des faucons du RPG-Arc-en-ciel, s’est affiché ce mercredi aux côtés de l’AFP de l’ex-député Aboubacar Soumah, annonçant son soutien au CNRD et au président de la transition, le Général Mamadi Doumbouya.
« À partir d’aujourd’hui, j’appelle tout le monde à soutenir le Gl Doumbouya et à voter “oui” au projet de nouvelle Constitution », a-t-il lancé lors d’une conférence de presse, non sans provoquer une onde de commentaires.
« Ce n’est pas Doumbouya qui nous a fait le coup d’État, c’est nous-mêmes »
Dans un discours mêlant confidences et piques politiques, Moalim Touré a reconnu avoir fait partie du cercle qui a contribué à la chute d’Alpha Condé : « Le coup d’État n’a pas commencé par le Gl Doumbouya et ne se terminera pas par lui… Ce n’est pas le Gl Doumbouya qui nous a fait le coup d’État, c’est nous-mêmes qui l’avons fait. Mais, au moment venu, je vais parler », a-t-il affirmé, laissant planer la menace d’un futur “déballage”.
Une déclaration lourde de sens, qui relance le débat sur le rôle joué par l’entourage d’Alpha Condé dans son propre naufrage politique.
L’homme n’en est pas à son premier revirement. Conseiller influent de l’ancien président, animateur d’émissions polémiques comme Sinsé Falai à la RTG, il assumait un rôle de garde-fou politique du RPG, souvent accusé de communautarisme et d’excès verbaux.
Aujourd’hui, Moalim Touré se présente en soutien du CNRD, louant même le rôle décisif du Colonel Doumbouya dans la défense de l’ordre républicain avant le coup d’État : « Quand quelqu’un t’aide à faire la chasse, donne-lui un peu de la viande. Le Général Mamadi Doumbouya méritait d’être décoré, au lieu d’être combattu », a-t-il lancé, dans une formule à la fois métaphorique et calculatrice.
Derrière ces déclarations, une question s’impose : Moalim Touré agit-il par conviction ou par instinct de survie politique ?
Son soudain soutien au projet de nouvelle Constitution du CNRD interroge, surtout lorsqu’on se souvient qu’il fut l’un des plus ardents défenseurs du 3ème mandat d’Alpha Condé, que le même Doumbouya avait fini par renverser.
En réalité, le retour médiatique de Moalim Touré illustre une constante de la scène politique guinéenne : la résilience des « dinosaures » de l’ancien régime, qui trouvent toujours un chemin pour se repositionner.
La sincérité de son ralliement demeure incertaine, mais son message est clair : le régime Doumbouya devra composer avec ces vieux acteurs du RPG, capables de se recycler et d’influencer l’opinion.
La question reste donc ouverte : le soutien de Moalim Touré est-il un apport loyal à la transition, ou une manœuvre calculée pour reprendre place dans le jeu politique ?
Par Ousmane Bangoura






