Conakry – Le Bureau Guinéen du Droit d’Auteur (BGDA) a lancé officiellement, ce mardi à la Maison de la presse, une vaste campagne de vulgarisation du paiement des droits d’auteur. Une initiative qui s’inscrit dans la volonté de moderniser la gestion collective et d’assurer une rémunération équitable aux créateurs guinéens. Mais derrière cette réforme ambitieuse, une question persiste : sur quelles bases le BGDA fixe-t-il ses facturations auprès des radios, night-clubs, hôtels et autres diffuseurs d’œuvres ?
La cérémonie a réuni plusieurs personnalités du secteur culturel, dont le Chef de Cabinet du Ministère de la Culture, Thierno Hamidou Bah, et de nombreux journalistes. Dans son discours, M. Bah a salué une « réforme majeure » destinée à transformer en profondeur la gestion du droit d’auteur en Guinée.
Le ministère met en avant des innovations comme :
- la dématérialisation des déclarations et paiements,
- la diversification des canaux (banques et plateformes numériques),
- et une traçabilité accrue des opérations financières.
Des mesures qui, selon les autorités, doivent renforcer la transparence et garantir qu’« aucun créateur ne soit laissé pour compte », conformément à l’instruction du Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya.
Pour sa part, le Directeur général du BGDA, Moussa Fofana, a détaillé trois axes majeurs :
- Modernisation des procédures : principe du « zéro espèce », avec paiements uniquement via banque ou mobile money.
- Diversification des droits : passage de 2 à 11 lignes de droits recouvrés, dont 7 déjà opérationnels en 2025 (exécution publique, déambulation sonore, tonalités téléphoniques, etc.).
- Transparence : publication des listes provisoires de bénéficiaires et vérification des coordonnées bancaires.
Selon lui, le respect du droit d’auteur doit être perçu non pas comme une contrainte, mais comme un « investissement dans la culture et l’avenir du pays ».
Malgré ces annonces, plusieurs acteurs de terrain – diffuseurs privés, promoteurs culturels, responsables de night-clubs et hôteliers – dénoncent une tarification jugée arbitraire. Beaucoup s’interrogent :
- Sur quelles études ou barèmes le BGDA s’appuie-t-il ?
- Existe-t-il une grille claire et accessible à tous, conforme aux standards internationaux ?
- Comment éviter que la collecte ne se transforme en une taxation fantaisiste, déconnectée de la réalité économique des usagers ?
Autant de zones d’ombre qui risquent d’éroder la confiance des partenaires si elles ne sont pas rapidement éclaircies.
Avec cette campagne, le BGDA veut ouvrir une « nouvelle ère de transparence et de justice ». Mais pour convaincre pleinement, l’institution devra lever les doutes sur la méthodologie de ses facturations, condition sine qua non pour garantir à la fois la protection des créateurs et l’adhésion des usagers.
Par Ousmane Bangoura







