jeudi, mars 12, 2026
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Stigmatisation de femmes voilées dans les établissements hôteliers : le couple Barry raconte sa mésaventure

Plusieurs femmes et jeunes filles, ayant choisi de se vêtir conformément aux préceptes de la pudeur et de la foi, se voient de plus en plus souvent refuser l’accès à des espaces publics, salles d’examen Nationaux, et établissements hôteliers ou culturels en Guinée. Cette stigmatisation grandissante touche même certains couples, dans un pays pourtant à forte concentration musulmane où la laïcité et les libertés fondamentales sont pourtant garanties par la Constitution. Leur seul crime, c’est d’avoir choisi de se couvrir intégralement le corps.

Des établissements comme les hôtels ONOMO et Palm Camayenne sont nommément cités dans ce contexte. Cette situation porte gravement atteinte aux droits de culte et d’opinion.

Face à cette dérive qui prend des proportions inquiétantes depuis plusieurs années, des victimes ont décidé de briser le silence pour alerter les autorités. C’est le cas de Elhadj Mamadou Djouldé Barry, chef d’agence de voyage, imam et conférencier. Lui, son épouse Habibatou Barry, et certaines de ses sœurs ont été injustement expulsés d’un hôtel à Conakry alors qu’ils venaient assister à une cérémonie de remise de diplômes, suite à une invitation officielle.

Elhadj Mamadou Djouldé Barry a accepté de témoigner, non pas par esprit de vengeance, mais dans l’espoir de sensibiliser les décideurs afin qu’ils veillent au respect de la dignité humaine et des libertés fondamentales, principes consacrés par la Charte de la Transition.

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Nimba224.com : Vous avez été victime de stigmatisation, vous et votre épouse, lors de votre venue dans un complexe hôtelier. Ce phénomène devient récurrent. Décrivez-nous les circonstances de cette « expulsion ».

Elhadj Mamadou Djouldé Barry : Oui, comme vous l’avez mentionné, récemment, alors que ma femme, qui est intégralement voilée, et moi nous rendions à l’hôtel Noom sur invitation de l’université d’Imar pour une remise de diplômes, nous avons été confrontés à une situation inacceptable. Des membres du gouvernement, dont trois ministres, étaient présents. À notre arrivée au portail de l’hôtel, le vigile a levé la barre. En voyant ma femme voilée assise à côté de moi dans la voiture (les vitres étaient teintées), il a soudainement déclaré : « Monsieur, désolé, les femmes voilées ne peuvent pas accéder. »

J’ai immédiatement rétorqué : « Pourquoi ? Sur quel droit vous basez-vous ? Y a-t-il un règlement, une loi écrite, guinéenne ou interne à l’hôtel ? » Il m’a répondu qu’il n’était qu’un gardien et qu’il avait reçu l’ordre de ne pas laisser entrer les femmes voilées.

Le responsable de l’université d’Imar est arrivé et nous a rejoints. Il a demandé ce qu’il se passait. Nous lui avons expliqué que l’on nous interdisait l’accès à nos épouses, sans justification ni notification préalable, alors que nous nous rendions spécifiquement à l’espace de conférence et non aux chambres de l’hôtel. Après des échanges et un appel interne de l’hôtel, ils ont finalement accepté notre entrée, mais en nous obligeant à passer par le côté des restaurants, nous interdisant l’accès par l’entrée principale.

En tant que sociologue et diplômé, ayant travaillé dans des institutions internationales, je suis conscient de mes droits. Nous avons cherché des justifications légales, mais en vain. On nous répond simplement que c’est comme ça. C’est inacceptable.

Nimba224.com : Est-ce le seul hôtel où de telles restrictions sont appliquées ?

Elhadj Mamadou Djouldé Barry : D’après mon expérience, c’est le seul hôtel où cela m’est arrivé de cette manière. Je me suis déjà rendu au Sheraton, aujourd’hui Radisson Blu, avec ma femme et mes enfants pour des occasions festives. Là-bas, on m’a simplement informé qu’un contrôle des femmes voilées était nécessaire. J’ai accepté. Par respect et humanisme, et en connaissance de leurs droits, une femme a été déléguée pour accompagner mon épouse. Elle a enlevé son voile pour le contrôle. Nous avions toutes nos pièces d’identité, comme il se doit. C’est ainsi que tous les visiteurs, y compris les étrangers, s’identifient.

Nimba224.com : Depuis cet incident, avez-vous entrepris des démarches auprès des autorités pour attirer leur attention ?

Elhadj Mamadou Djouldé Barry : Non, je me suis contenté de ma publication sur Facebook. J’ai une audience importante et mon message a été partagé des dizaines, voire des centaines de fois. Je sais que de hauts responsables de l’État l’ont vu, et certains ont même commenté. Je pense que le moment est venu d’attirer l’attention de toutes les autorités compétentes : les ministères de la Sécurité, de la Défense, de la Promotion Féminine, entre autres. Il est impératif qu’ils interviennent pour clarifier que les femmes voilées ne représentent pas une menace. Si des contrôles sont jugés nécessaires, qu’ils soient systématiques et respectueux. Nos femmes sont prêtes à coopérer, même à retirer leur voile pour une fouille si cela est fait par des femmes et dans le respect.

Nous nous déplaçons régulièrement avec nos femmes voilées à l’intérieur du pays, et les contrôles de police aux barrages se déroulent sans problème : identification par carte d’identité, vérification du voile, et c’est tout. Aucune polémique. L’écho de cette affaire, qui continue de se propager, doit certainement interpeller les autorités, qui doivent prendre des mesures. On ne peut pas laisser des individus, étrangers ou non, dicter des lois qui ne respectent ni la foi ni les libertés fondamentales. Des femmes voilées circulent librement partout dans le monde, y compris aux États-Unis. Je ne sais pas d’où ces hôtels tirent leurs règles ; c’est une menace imaginaire, non réelle. La Guinée n’a jamais été confrontée à de tels problèmes.

Nimba224.com : Nous sommes au XXIe siècle, comment comprenez-vous que la Guinée, État laïc, continue de voir ses citoyens subir de telles marginalisations, alors même que nos réalités sont laïques ?

Elhadj Mamadou Djouldé Barry : Pour moi, la laïcité signifie l’absence de distinction religieuse dans les institutions et les lieux publics. Chacun doit être libre de pratiquer sa religion, tant que cela n’interfère pas avec les droits d’autrui. Dans cette optique, interdire à une femme voilée l’accès à une institution ou un lieu public est totalement incohérent.

Je perçois cela comme une certaine faiblesse, un manque d’organisation et de cohérence de la part de la République, qui laisse des individus, qu’ils soient étrangers ou guinéens, agir comme bon leur semble. Les hôtels, centres culturels, hôpitaux, et même les mosquées sont des lieux publics ouverts à tous. Sur quel droit se baser pour dire qui doit entrer et qui ne doit pas ?

L’État doit prendre ses responsabilités. Les directions d’hôtels doivent mettre en place des règlements qui garantissent que personne ne soit marginalisé. Je suis certain que même si une personne jugée folle se présentait, ils trouveraient un moyen de l’accueillir pour obtenir de l’argent. On vient, on paie, on réserve, et on nous oppose des règles imaginaires pour justifier une exclusion.

C’est une faiblesse de ceux qui gèrent ces institutions, et cela doit cesser. La Guinée est un pays majoritairement musulman. Si l’on prétend que le port du voile intégral représente une menace, qu’ils procèdent à des fouilles systématiques et respectueuses. Le voile n’est ni une arme, ni un instrument de danger. Si l’on craint que de grands habits puissent cacher quelque chose, alors ils doivent contrôler de la même manière les personnes portant des boubous amples.

La religion musulmane est basée sur le Coran et les enseignements prophétiques. Le voile est une adoration institutionnalisée par Allah dans des textes clairs. On ne peut pas prétendre que si une femme accepte de se voiler, elle doit rester chez elle. Les femmes voilées ont le droit de se soigner à l’hôpital, d’assister à des cérémonies familiales, à des événements culturels. Ce sont des femmes instruites, qui savent ce qu’elles veulent et ce qu’elles font. Il faut écarter cet amalgame absurde qui voudrait que les femmes voilées se coupent du monde extérieur. Ce sont des pensées erronées et archaïques qui n’ont pas leur place en Guinée.

Je vous remercie!

Nimba224.com

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