Conakry, 21 mai 2025 – Un drame glaçant a secoué la capitale guinéenne. Le tribunal de première instance de Mafanco a condamné à 4 ans de prison Monique Loua, 24 ans, pour le meurtre de ses nouveau-nés jumeaux, retrouvés sans vie dans une poubelle. Sa mère, Rosaline Lamah, 47 ans, poursuivie pour complicité, a été acquittée, malgré la sévérité des réquisitions initiales du parquet.
Tout remonte à la nuit du 4 novembre 2024, dans les rues sombres de Conakry. En pleine détresse et sans assistance médicale, Monique Loua accouche prématurément de ses jumeaux alors qu’elle tente de rejoindre un hôpital. Dans un état de panique et de confusion totale, elle dépose les corps dans un sac plastique, abandonné près d’une poubelle. La macabre découverte provoque l’indignation générale. Très vite, la jeune mère et sa propre mère sont arrêtées, soupçonnées d’infanticide et de complicité.
À la barre, Monique décrit une scène tragique et désespérée : « Les enfants sont nés sans vie. J’étais dépassée. Je ne savais pas quoi faire. » Rosaline Lamah, elle, nie toute implication directe : « J’étais sous le choc. Je ne l’ai ni aidée ni empêchée. » Des explications qui peinent à convaincre l’accusation.
Le procureur, estimant que l’acte était volontaire, avait requis 15 ans de réclusion criminelle pour Monique et 10 ans pour sa mère. « La Guinée a perdu deux vies, deux futurs cadres. Leur mort ne doit pas rester impunie », a-t-il lancé à l’audience. Il a dénoncé un acte prémédité, évoquant une volonté manifeste de dissimuler la naissance.
L’avocat de la défense, quant à lui, a soulevé l’absence de preuve formelle d’un meurtre : aucune autopsie, aucun témoin, aucune preuve de vie des nourrissons à la naissance. Il a plaidé la détresse psychologique et le contexte social de l’accusée, demandant que le bénéfice du doute soit appliqué.
Le tribunal a tranché en adoptant une position intermédiaire : Monique est condamnée à 4 ans de prison, tandis que sa mère, Rosaline, est relaxée, faute d’éléments probants.
Ce verdict relance le débat sur la condition des mères célibataires en Guinée, souvent livrées à elles-mêmes, sans soutien ni encadrement médical adéquat. Il met en lumière les carences du système de santé, l’absence de structures d’accueil pour les femmes en détresse, et l’extrême précarité dans laquelle beaucoup vivent leurs grossesses.
Dans ses derniers mots, Monique, la voix brisée, a demandé pardon : « Ce que j’ai vécu, je ne le souhaite à personne. Cela ne se reproduira plus. » Mais au-delà du pardon, le drame révèle une société encore trop silencieuse face aux détresses maternelles invisibles.
Si la justice a statué, l’affaire laisse un goût amer. Que s’est-il vraiment passé cette nuit-là ? Les enfants étaient-ils vivants à la naissance ? Monique a-t-elle bénéficié de l’accompagnement nécessaire ? Et surtout, combien de femmes comme elle vivent ces tragédies dans l’ombre, sans que personne ne les entende ?
Ce drame n’est pas un simple fait divers. C’est le symptôme d’un système défaillant et d’une société qui doit impérativement ouvrir les yeux sur les souffrances muettes des mères abandonnées.
nimba224.com






