Face à la situation préoccupante de l’élevage en Guinée, Thierno Oumar Bella Bah, président de la coopérative des bouchers de Ratoma, a interpellé les autorités ce week-end depuis l’abattoir de Kipé Ips, situé près de la forêt de Kakimbo. Si des avancées sont saluées, notamment dans la facilitation du transport des bœufs en provenance du Mali, plusieurs défis majeurs subsistent.

Reconnaissant les efforts du gouvernement, notamment la levée des barrages routiers qui entravaient l’acheminement du bétail, Thierno Bella Bah tire néanmoins la sonnette d’alarme : le cheptel guinéen, bien que réputé pour la qualité de sa viande, est en perte de rendement.
« Nos bœufs, bien qu’appréciés pour leur viande tendre et nourrissante, sont maigres et peu productifs. Un taureau de trois ans en Guinée donne à peine 60 à 70 kg de viande, contre 120 à 130 kg pour un taureau malien du même âge », a déploré le président de la coopérative. Selon lui, cette situation est principalement due à une mauvaise alimentation du bétail, appelant ainsi à une profonde réforme du secteur.
Malgré cette faiblesse en termes de rendement, la viande guinéenne reste très prisée, y compris à l’étranger, grâce à l’élevage naturel basé sur l’herbe fraîche et l’utilisation traditionnelle de « touppal », des abreuvoirs enrichis en sel pour fortifier les bêtes.
Pour remédier à cette crise, Thierno Oumar Bella Bah plaide pour une meilleure organisation du territoire : « Il faut délimiter clairement des espaces pour les éleveurs et pour les agriculteurs afin de réduire les conflits et améliorer la productivité. »
Outre les défis liés à l’alimentation, les maladies animales restent un problème majeur, notamment en Guinée forestière. Toutefois, il souligne les efforts déployés par les autorités pour renforcer les contrôles vétérinaires, assurant que la viande mise sur le marché est inspectée quotidiennement par des professionnels.
Chaque jour, environ 20 bœufs sont abattus à l’abattoir de Ratoma pour répondre à la demande locale. Quant au prix de la viande, maintenu à 60 000 francs guinéens le kilogramme depuis trois ans grâce à un mémorandum d’entente entre les bouchers et les autorités, il pourrait être menacé.
« La hausse du franc CFA par rapport au franc guinéen impacte directement le prix du bétail importé du Mali. Si rien n’est fait, le prix actuel de la viande pourrait grimper », a averti Thierno Bella Bah, appelant les autorités à des mesures urgentes pour stabiliser le marché et protéger le pouvoir d’achat des consommateurs.
Par H. Camara






