mercredi, février 11, 2026
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Guinée : la pêche illicite, une menace pour les générations

De Conakry à l’intérieur du pays, les communautés vivant au long du littoral, pour qui la pêche est une activité transmise de génération en génération, sont particulièrement touchées par ces phénomènes de pêche illégale. Dans ce grand format, nous allons dérouler l’ampleur de la pêche illicite non déclarée et non réglementée en République de Guinée, dite pêche INN. Nous allons présenter comment ce fléau mobilise les acteurs de la chaîne de production du poisson et l’ensemble des produits marins autour des autorités guinéennes. Objectif, minimiser les grandes pertes économiques évaluées en million de dollars et permettre aux populations du littoral, pour qui la pêche est une activité séculaire, de pouvoir vivre des produits de la mer.
Le Guinéen consomme beaucoup de poisson « Au niveau mondial, la consommation du poisson est de 20 Kg/habitant et par an. En Guinée nous sommes à 24 Kg/habitant et par an. Cela prouve l’importance de la pêche ».
Les plus grandes captures de poissons et de mollusques

La pêche illégale, non déclarée et non réglementée, se pratique au large des côtes guinéennes. Ce pays de l’Afrique de l’Ouest, a un littoral de plus de 300 km de long et une zone économique exclusive de 116 584 km². Le plateau continental de la Guinée est le deuxième plus grand d’Afrique de l’Ouest. Selon les estimations, plus de 1,7 million des 14 millions d’habitants du pays dépendent directement des produits de la pêche pour leur subsistance le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest et dans le golfe de Guinée a doublé en l’espace de deux ans.
Selon le Maritime Information Coopération and Awarness center (MICA), le Centre d’expertise français dédié à la sûreté maritime, à compétence mondiale, la pêche illégale, non déclarée et non réglementée [INN], « demeure le facteur prédominant d’instabilité économique dans le golfe de Guinée. La pêche illicite maintient une forte pression sur les stocks halieutiques au détriment des populations locales. Le développement des usines de farine et d’huile de poisson accentue encore le phénomène » Rencontrée au marché de Kaporo, Maïmouna Bangoura nous parle de l’impact de la pêche INN dans les marchés de Conakry : « Nous les femmes qui partons au marché, quand tu tombes sur ces petits poissons, non seulement, ça n’a pas de goût, mais aussi ce n’est pas bon. Si ce poisson restait dans leur milieu de vie naturel, il allait se développer et grossir et quand on consomme ce poisson, tu sens de la qualité ».
« Sur le marché parfois, il y a des poissons qui manquent, il y a des espèces de poissons, tu veux cuisiner, tu n’en trouves pas. Il se trouve que grâce à la pêche illicite, ce poisson est introuvable sur le marché local sauf à l’étranger. Donc ça fait que tu n’as pas le choix de ce que tu veux manger simplement parce qu’il n’existe pas sur le marché guinéen à cause de la pêche INN » a affirmé Aïssata Soumaré infirmière et femme au foyer.
Biologiste à la pêche au Centre National des Sciences Halieutiques de Boussoura (CNSHB), Amadou 1 Bah nous parle de l’impact de la pêche INN sur les ressources halieutiques en Guinée. « Le poisson scie comme le raie, requin, a disparu des eaux guinéennes. C’est une espèce qui a complètement disparu, ce sont des grands pélagiques. Même le poisson Bonga (petits pélagiques) le poids a baissé. La taille qu’on avait pendant les années 90 jusqu’en 2000, on ne peut plus les avoir aujourd’hui parce que la taille à la première maturité sexuelle n’est pas respectée. C’est cette taille qui permet de dire si les poissons peuvent être pêchés. En dessous de cette taille,(relation, taille, poids), cette espèce ne doit pas être pêchée ».

Depuis plusieurs années, le Ministère de la pêche et de l’Économie Maritime, observe 60 jours de repos biologique dans les eaux territoriales guinéennes. Une période qui interdit toute activité de pêche industrielle. Alfred Koïvogui explique encore « Il faut connaître les périodes de ponte. C’est en fonction de cela qu’on décide un repos biologique pour cette espèce, c’est-à-dire pour cette espèce, on ne doit pas pêcher de telle période à telle période (c’est ça la période de ponte). Les paramètres biologiques ou les indicateurs biologiques peuvent aider le gouvernement à prendre des décisions en fonction de ces périodes de ponte ».
Pour faire respecter la mesure, les autorités du Ministère de la pêche déploient des moyens pour appréhender les éventuels navires en situation irrégulière dans les eaux guinéennes. La campagne permet également d’arraisonner des navires étrangers en situation irrégulière.Les associations professionnelles du secteur de la pêche en Guinée, se plaignent des navires étrangers qui pêchent dans l’environnement marin guinéen sans aucune autorisation. Fodé Idrissa Kallo, Secrétaire chargé des Affaires extérieures et communication de la Fédération nationale des pêcheurs artisans de Guinée, témoigne : « Parfois, compte tenu de la rareté de poissons, il y a des navires qui font irruption dans la zone réservée à la pêche traditionnelle. Ils viennent pêcher dans cette zone réservée à la pêche traditionnelle et il racle tout sur leur passage. Quand le pêcheur vient, il ne trouve rien. Nous enregistrons même des collisions en mer, des navires de pêche industrielle qui montent sur les petites embarcations de la pêche artisanale. Malheureusement, parfois, il y a des cas de mort ».
Chaque année, le département de la pêche et de l’Économie Maritime, fait une campagne démersale pour connaître au moins la biomasse qu’il faut capter, qu’il faut allouer aux pêcheurs. Dépassé ce quota donné par les scientifiques, on met en danger l’écosystème
« Si rien n’est fait maintenant, c’est la disparition ou la rareté de certaines espèces dans les eaux guinéennes. Si on les retrouve, ce sera de petite taille. Il y a une taille commerciale, la taille à la première maturité sexuelle qui permet à l’espèce de pondre au moins une fois. Si on prend la femelle, les petits, les œufs, rien ne restera pour perpétuer cette génération. Il faut laisser les espèces se reproduire au moins une fois parce qu’elles pondent des milliers d’œufs. Si elles pondent au moins une fois avec la taille commerciale, on peut les capturer » alerte le Biologiste des Pêches Alfred Koïvogui
Il est difficile d’établir avec précision les pertes énormes que cause la pêche INN. On dénombre près de 400 millions de dollars de perte par an pour la Guinée, la Mauritanie, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Sénégal et la Sierra Léone, des pays membres de la CSRP (Commission Sous Régionale des Pêches). Pour un pays tout particulier, « on peut estimer dans l’ordre de 80 à 100 millions de dollars comme perte » a déclaré Amara Kaba Camara, le Secrétaire Général du Ministère de la Pêche et de l’Économie Maritime.
Évolution des captures des produits de la pêche dans la Zone Économique Exclusive (ZEE) et les captures annuelles les plus élevées de produits de la pêche artisanale et industrielle.

O.T.BANGOURA

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