Ce jeudi marque le 41e anniversaire de l’entrée de l’Armée guinéenne sur la scène politique nationale, un événement historique qui a conduit à la prise du pouvoir par le Comité Militaire de Redressement National (CMRN) sous la direction du Colonel Lansana Conté.

Le 3 avril 1984, une semaine après le décès brutal du Président Ahmed Sékou Touré, les Guinéens se réveillent au son de la fanfare militaire et d’un communiqué lu d’un ton martial par un officier encore méconnu du grand public, le Capitaine Facinet Touré. Ce message, annonçant la dissolution du gouvernement, la suspension de la Constitution et l’instauration d’un couvre-feu, scellait la fin du régime du Parti Démocratique de Guinée (PDG-RDA) et ouvrait une nouvelle ère pour le pays.

Un Tournant Déterminant pour la Guinée
Accueilli avec ferveur par une population en quête de changement, le régime militaire du CMRN a rapidement établi sa feuille de route, prônant la fin de la dictature et l’instauration d’une gouvernance basée sur le respect des droits humains et des libertés individuelles. Un gouvernement essentiellement militaire est mis en place, avec à sa tête un Premier ministre, le Colonel Diarra Traoré. Toutefois, cette première équipe est minée par des luttes internes et des rivalités entre officiers, conduisant à des purges successives.
Le 18 décembre 1984, le Colonel Lansana Conté restructure le pouvoir en supprimant la Primature et en écartant certains hauts responsables. Cette instabilité culmine avec la tentative de coup d’État du 4 juillet 1985, qui entraîne l’exécution du Colonel Diarra Traoré et de plusieurs officiers accusés de complot.
Conscient des dérives autoritaires et des tensions ethniques qui fragilisent son régime, le Général Conté amorce, dès 1985, une transition vers une gouvernance plus civile. Il entame un processus de démilitarisation, libère des prisonniers politiques, prône la réconciliation nationale et met en place les bases d’une économie libérale.
Les Réformes Clés du Régime Conté
Sous la présidence de Lansana Conté, la Guinée connaît d’importantes transformations :
• Libéralisation économique et politique : En 1990, la Guinée adopte une nouvelle Constitution ouvrant la voie au multipartisme intégral.
• Premières élections pluralistes : En 1993, Lansana Conté est élu président lors du premier scrutin compétitif du pays.
• Développement des infrastructures : Son régime modernise les routes, favorise l’essor du secteur privé et encourage l’investissement international.
• Libéralisation des médias et du syndicalisme : La presse écrite et audiovisuelle se diversifie, et le pluralisme syndical est consacré.
Cependant, malgré ces avancées, le régime est marqué par une instabilité croissante, des scandales de corruption, et des tensions sociales exacerbées, notamment dans les années 2000. Les crises politiques successives, la modification de la Constitution en 2001 permettant un troisième mandat, ainsi que l’arrestation d’opposants affaiblissent progressivement son autorité.

Un Héritage Contrasté et un Oubli Progressif
Décédé le 22 décembre 2008, Lansana Conté laisse derrière lui un héritage ambivalent. Patriote reconnu, il n’a jamais possédé de biens ou de comptes bancaires à l’étranger. Toutefois, son régime est également celui où la corruption et le népotisme ont atteint des sommets, entravant le développement socio-économique du pays.

Quarante et un ans après le 3 avril 1984, cette date, autrefois célébrée avec faste, semble aujourd’hui reléguée aux oubliettes. Peu de Guinéens se rappellent de cet événement fondateur, et encore moins du Parti de l’Unité et du Progrès (PUP), instrument politique du régime.

Ainsi va l’histoire : les figures politiques passent, les époques changent, et les priorités évoluent. Mais une question demeure : la Guinée a-t-elle véritablement tiré les leçons de son passé pour mieux construire son avenir ?
Que Dieu accorde son pardon au Général Lansana Conté et à ses compagnons. Amen.
Par Ousmane Bangoura






